Benzodiazépines et Alzheimer : on prend les mêmes et on recommence

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Bis repetita : nos quotidiens développent à nouveau l’information selon laquelle “Certain somnifères augmentent le risque d’Alzheimer” (Le Monde). Ce marronnier qui avait fait le Une de Science et Avenir en octobre 2011 (voir article Docbuzz) réapparait donc suite à la publication d’une nouvelle étude dans le British Medical Journal. Le journal Le Monde n’est pas le seul à répéter l’information, mais les autres journalistes utilisent par précaution le conditionnel. Alors quoi de neuf depuis 3 ans? En fait l’étude est publiée sous l’impulsion du Pr Bégaud, celui-là même à l’initiative de la publication de Science et Avenir qui avait inquiété tant de patients, le contraignant d’ailleurs à se rétracter, son étude de l’époque n’étant même pas publiée au moment des fait.

Cette nouvelle étude n’est en fait qu’une répétition de la précédente, qui n’était d’ailleurs pas concluante (voir article Docbuzz), utilisant la même technique dite du cas-contrôle, mais cette fois réalisée sur un registre Canadien. Les scientifiques ont donc prélèvé des données dans un registre de l’assurance maladie de Montréal  pour comparer deux populations; ils ont sélectionné un premier groupe de patients Alzheimer, puis un second groupe comparable sans Alzheimer, et ont recherché dans chaque groupe combien avaient reçu ou non une prescription de benzodiazépine.

Le nombre de patients de la banque de donnée était de 38 741 dont 36 945 ont été exclus. Finalement l’étude comparait 1796 patients Alzheimer à 7184 patients non malades. Les résultats retrouvent que 49.8% du groupe des patients Alzheimer (894 patients) avaient reçu des prescriptions de benzodiazépines contre 40% des patients non Alzheimer, montrant statistiquement un sur risque d’utilisation de 50% dans le groupe Alzheimer. Une remarque d’importance, personne ne sait si les benzodiazépines prescrites ont été réellement consommées; et quand on connait l’absence de compliance des patients à une prescription, ce type de données est fort sujet à caution.

Mais en plus, jamais une étude cas-contrôle ne permet de confirmer un lien entre une cause et un effet, tout juste ce type d’étude permet d’attirer l’attention sur un effet potentiel, ce qui est évidemment moins intéressant pour les journalistes.

Par ailleurs, la question du comment reste posée : comment un médicament comme les benzodiazépines pourrait-il déclencher une maladie dégénérative? Les scientifiques publiant cette étude n’apportent aucun élément scientifique tangible pouvant étayer ce lien hypothétique. Tout juste expliquent-ils que les benzodiazépines sont capables d’altérer la mémoire, reconnaissant ensuite “qu’aucun mécanisme physiopathologique certain ne peut être raisonnablement avancé pour expliquer une augmentation du risque de démence“. Mais qu’importe la science à nos journalistes, si l’audience est là.

Alors comment pourrait-on interpréter ce résultat? Si nous considérons cette hypothèse comme fantasque et donc peu probable, cela signifie alors que peut-être le développement de symptômes pré-Alzheimer comme les troubles du sommeil, identifié par un médecin, entraine la prescription de benzodiazépines : toute volonté de prescription de benzodiazépines, le plus fréquemment réalisées face à des troubles du sommeil ou d’angoisses, devrait en conséquence pousser le prescripteur à s’interroger sur la pertinence d’une exploration poussée des fonctions cognitives à la recherche d’une maladie cérébrale dégénérative débutante.

Aussi les auteurs extrapolent-ils trop largement leurs résultats en écrivant quel’augmentation du risque de 43-51% chez les patients pourrait générer un nombre considérable de cas d’Alzheimer, même dans les pays où la prévalence de leur utilisation n’est pas importante“. Interdire les benzodiazépine ne réduira pas la prévalence de maladie d’Alzheimer. En revanche une détection plus précoce pourrait considérablement aider les patients. Et bien évidemment toute prescription de ces benzodiazépines doit être pesée du fait de leurs autres effets secondaire, bien réels ceux-là, surtout chez les patients âgés.

Source

Benzodiazepine use and risk of Alzheimer’s disease: case-control study
Sophie Billioti de Gage PhD student, Yola Moride professor, Thierry Ducruet researcher2, Tobias Kurth director of research, Hélène Verdoux professor, Marie Tournier associate professor, Antoine Pariente associate professor, Bernard Bégaud professor
BMJ 2014;349:g5205

Crédit Photo Creative Commons by Vince Alongi

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