Ebola : des essais cliniques ambitieux mais délicats à mettre en place

15137998885_d67a2fd2ff_c

Les premiers essais de vaccins contre le virus Ebola pourraient débuter en fin d’année a déclaré optimiste l’OMS. Pour l’instant peu de détails sur les protocoles des deux études qui seraient mises en place ont été rendus public. Il reste probable que cette mise en place sera complexe puisque l’objectif est d’avoir une approche réellement scientifique.

Il sera en effet nécessaire de n’inclure que des patients non contaminés, cette absence de contamination devant être confirmée biologiquement avant l’inclusion et bien sur avant les injections vaccinales. Les deux pays sélectionnés pour les essais sont le Liberia et le Sierra Leone. Les patients devraient être sélectionnés dans une zone à risque, puisque, afin de comparer deux groupes, l’un vacciné par un produit actif (hypothèse) et l’autre non, il est nécessaire qu’un certain nombre de patients soient contaminés au cours de l’étude, permettant alors de comparer le taux de protection entre les deux groupes. C’est pourquoi les populations ciblées sont les personnels de santé en contact avec les malades ainsi que vraisemblablement les fossoyeurs ou les membres des familles prenant en charge un malade à domicile. Toujours selon l’OMS les résultats sevraient être connus en avril.

Quelles sont les chances de réussite ? Difficiles à estimer pour l’instant puisque les produits testés n’ont jamais fait l’objet d’étude d’efficacité, mais ce que l’on sait c’est que les chercheurs ont connu des échecs répétés contre les virus, comme par exemple contre ceux du VIH.

Les vaccins sélectionnés par l’OMS sont deux vaccins actuellement évalués aux Etats-Unis chez des volontaires sains et ne sont qu’en phase 1 de développement :

Le premier vaccin est issu d’une collaboration entre GSK et le National Institutes of Health Américain : dénommé cAd3-ZEBOV, ce vaccin utilise un adénovirus de chimpanzé, contenant un gène non infectieux du virus Ebola qui stimulera le système immunitaire humain et lui permettrait de reconnaitre et d’éliminer le virus Ebola. Des essais de phase 1 sont en cours de réalisation chez des volontaires sains en Angleterre et aux Etats-Unis; ils devraient s’achever en novembre 2014 et seront poursuivis au Ghana et au Mali afin d’atteinte une population expérimentale d’environ 160 êtres humains. Ces études doivent absolument démontrer que la vaccin est capable de générer une immunité sans quoi le vaccin n’aura aucune utilité. Cette démonstration n’est pas faite à ce jour. Au cours de la réunion avec l’OMS, le groupe GSK a estimé que 24 000 doses de ce vaccin seront disponibles en janvier 2015 et que la production à plein rendement pourrait générer 230 000 doses d’ici avril 2015 puis 1 million de doses en décembre de la même année. Pour atteindre ce niveau de production, GSK demande de modifier certaines règles de contrôle en particulier en ce qui concerne le contrôle de la stérilité des doses. Le vaccin GSK-NIH nécessite une conservation à -80°C, un autre écueil dans des pays africains dépourvus d’infrastructure.

Le second vaccin, VSV-EBOV, est issu d’une collaboration entre le Gouvernement Canadien et NewLink Genetics. Les essais de phase un devrait être achevés en décembre. Des essais additionnels seront menés à Genève en Suisse et à Hambourg en Allemagne, où des lots de vaccins viennent d’être acheminés

Cinq autres vaccins seraient en développement dans le monde : le groupe Johnson & Johnson en développe un et la Russie était également présente à la réunion pour discuter de son implication dans cette recherche vaccinale.

Au Liberia, la première étude clinique randomisera les patients en trois groupes ; le premier recevra le vaccin de GSK-NIH, le second le NLG-Canada et le troisième un vaccin qui ne traite pas ebola (ce sera le groupe comparateur). Neuf mille patients par groupe seraient alors inclus. Mettre en place et finaliser une étude d’aussi grande envergure en 4 mois est une gageure.

Au Sierra Leone, l’étude utilisera le vaccin GSK-NIH et sera plus simple mais aussi probablement moins conclusive car aucun groupe comparateur ne sera utilisé. Un certain nombre de personnes exposées recevront le vaccin à des moments décalés ce qui pourrait permettre une comparaison ultérieure entre les taux d’infection. Si l’étude menée au Liberia est négative, celle-ci n’apportera rien de plus.

Ces études couteuses n’ont pour l’instant pas reçu de financement mais le gouvernement Anglais a assuré qu’il couvrirait entièrement les frais de l’étude menée au Sierra Leone et a réclamé à la France et aux Etats-Unis de couvrir les frais de l’étude au Liberia menée avec le vaccin de GSK. Selon des calculs de l’institut Norvégien de Santé Publique, 27 millions de doses d’un vaccin efficace seront ensuite nécessaires pour mener à bien une première campagne de vaccination en Afrique de l’Ouest : le coût de ces vaccins est estimé à 73 millions de dollars et la campagne de vaccination elle-même à 78 millions de dollars.

Pour mener à bien les deux études cliniques, il sera par ailleurs nécessaire de faire venir sur place, au Liberia et au Sierra Leone, les personnels aptes à superviser et à mener ces études de manière scientifique et professionnelle, les personnels déjà sur place et soignant les malades étant déjà surchargés. Personne ne sait aujourd’hui si il existe suffisamment de volontaires pour mener à bien ces projets. Par ailleurs, un fond d’indemnisation des éventuels victimes d’effets secondaires sera créé pour éviter toute poursuite contre les fabricants, qui comme au cours de la grippe H1N1 seront donc déchargés de toute responsabilité ultérieure en matière de pharmacovigilance.

Sources

Leaked documents reveal behind-the-scenes Ebola vaccine issues

Science 23 October 2014

Health Officials Expect to Start Vaccine Trials in West Africa as Early as December
Andrew Pollack
New York Times 24 octobre 2014

Crédit Photo Creative Commons by  NIAID

Study Participant Receives NIAID/GSK Candidate Ebola VaccineSeptember 2, 2014 — A 39-year-old woman, the first participant enrolled in VRC 207, receives a dose of the investigational NIAID/GSK Ebola vaccine at the NIH Clinical Center in Bethesda, Md. Credit: NIAID

One thought on “Ebola : des essais cliniques ambitieux mais délicats à mettre en place

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *