Le lait n’est peut-être plus un ami pour la vie

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Chez l’adulte, boire du lait est non seulement inutile pour réduire le risque de fractures ostéoporotiques mais est même peut-être délétère puisqu’il réduirait la durée de vie et augmenterait le risque de maladies cardiovasculaires, rapporte une étude Suédoise publiée dans la revue The British Medical Journal. Faut-il bannir le lait ?

Le lait a toujours cultivé une image de boisson saine. C’est celui qui nourrit le nouveau-né, abreuve l’adolescent, désaltère le sportif, recharge en calcium la femme prenant soin de ses os et souhaite prévenir toute ostéoporose. Le lait est même recommandé par certain organismes de santé publique. Malheureusement, tous ces faits sont remplis de croyances non ou peu démontrées. Et une nouvelle étude Suédoise, qui visait à évaluer le rôle de prévention de la consommation de lait dans la survenue des fractures ostéoporotiques, conclue non seulement que boire du lait ou même beaucoup de lait, n’est d’aucune efficacité pour prévenir les fractures, mais que les gros buveurs de lait meurent plus jeunes que les non buveurs.

En fait les analyses retrouvent que les femmes qui boivent 3 verres de lait par jour ou plus supportent un risque de mortalité précoce ou de survenue d’une maladie cardiovasculaire double par rapport aux autres femmes non buveuses de lait, avec en plus un risque de cancer augmenté de 44% par rapport à celles qui boivent moins d’un verre de lait par jour. Chez les hommes qui boivent 3 verres de lait ou plus, le risque de décès précoce est accru de 10%.

Cette étude Suédoise, qui suggère donc une association entre consommation de lait et survenue de décès/maladies cardiovasculaires et cancers ne peut pas être considérée comme définitive mais permet cependant de remettre en question les assertions des bienfaits pour la santé d’une boisson qui n’a jamais réellement démontré ses effets bénéfiques.

L’étude avait suivi 61 000 femmes et 45 000 hommes qui avaient rempli un questionnaire sur leurs habitudes alimentaires et en particulier la consommation de lait; ils étaient tous âgés de plus de 39 ans. Les scientifiques ont ensuite corrélé les résultats de cette consommation de lait avec les pathologies éventuelles rencontrées par les participants à l’étude.

L’analyse des données confirma d’abord que les gros buveurs de lait, plus de 3 verres par jour, hommes comme femmes, mourraient plus jeunes, avec un excès encore plus important chez les femmes. En plus, les buveuses de lait souffraient plus de fracture que celles qui n’en buvaient pas ! Le risque de fractures, quelles qu’elles soient est augmenté de 16% chez les buveuses de lait (>3 verres par jour) ; cette augmentation du risque est de 60% pour les fracture de hanche, les plus mortelles.

Le risque de fractures chez l’homme, un risque bien moins important que chez les femmes, restait invariable entre buveurs et non buveurs de lait.

Une des explications avancées par les auteurs, est la forte teneur en sucres du lait, une boisson riche en lactose et en galactose, deux composés pouvant accroitre un phénomène vasculaire inflammatoire. A la différence du lait, les produits fermentés comme le yaourt sont pauvres en lactoses et semblent prévenir les fractures disent-ils encore. Des millions de personnes sont à risque d’ostéoporose, de fractures, et donc de décès précoce. S’il est vrai que cette étude nécessite d’être complétée par de nouvelles investigations avant que d’affirmer le caractère systématiquement toxique du lait chez l’adulte, les organismes de santé publique ne devraient au minimum plus faire de recommandation alimentaire incluant cette boisson et devraient mener des campagnes permettant véritablement aux femmes de lutter contre l’ostéopénie et l’ostéoporose. Par exemple, le lait reste recommandé par le guide de diététique américain où il est même précisé que 3 verres par jour de lait sont non seulement bons pour les os mais aussi réduisent le risque de diabète, d’hypertension ou de maladie cardiovasculaire.

En France, le CERIN fait partie des organismes qui publient des résultats d’études favorables aux produits laitiers, mais ces publications sont-elles retranscrites éthiquement ou servent-elles à alimenter les fausses croyances?

On trouve par exemple sur leur site internet, suite de la publication d’une étude récente, cette affirmation: “La consommation de lait et de produits laitiers diminue de 40% le risque de fracture : Cette étude montre que les personnes âgées qui consomment le plus de lait et de produits laitiers présentent moins de risque de fracture du col du fémur que les autres. L’étude confirme aussi qu’une meilleure densité osseuse est associée à un risque plus faible de fracture”. Or, cette affirmation est fausse : l’étude retrouve bien un risque réduit de fracture de hanche chez les gros/moyens buveurs de lait en comparaison aux petits mais cette réduction n’est pas significative (p=0,061) et ne peut donc en aucun cas être affirmée! Il est donc absolument faux d’écrire, selon les résultats de cette étude, que la consommation de lait réduit le risque de fracture comme le fait le CERIN. Et dans cette étude américaine qui n’a réuni que 980  personnes, l’association lait+yaourt ne fait pas mieux (p=0,104).

Autres affirmations en contradiction avec l’étude Suédoise, les résultats des études MONICA et MONA LISA-NUT, deux études françaises encore non publiées. Le CERIN écrit “La mortalité (et surtout la mortalité cardio-vasculaire) diminue de 40% chez les sujets ayant les consommations de lait et de produits laitiers les plus élevées, au cours d’un suivi sur 15 ans”. Il faudra certes attendre la publication pour analyser les résultats mais déjà les premiers documents mis en ligne par les chercheurs, s’ils évoquent bien une analyse de population et des risques cardio-vasculaires, ne parlent absolument pas des bénéfices du lait ou des produits laitiers. Nous reviendrons donc sur le sujet dès la publication des études.

Au total, il serait plus utile aux consommateurs que les recommandations officielles suivent les données publiées dans les revues scientifiques plutôt que d’être le relais marketing des lobbies agricoles. Une fois passée l’adolescence, le lait n’apparaît plus comme une nécessité alimentaire quoi qu’en disent les publicités. 

Sources

Milk intake and risk of mortality and fractures in women and men: cohort studies
Karl Michaëlsson, Alicja Wolk, Sophie Langenskiöld, Samar Basu, Eva Warensjö Lemming, Håkan Melhus, Liisa BybergBMJ 2014;349:g6015

Milk and mortality
C Mary Schooling
BMJ 2014;349:g6205

Is milk good for you?
Anita Jain
The BMJ, 24 oct 2014

La consommation de lait et de produits laitiers diminue de 40% le risque de fracture
CERIN 2014

Protective Association of Milk Intake on the Risk of Hip Fracture: Results from the Framingham Original Cohort
Sahni S., Mangano K. M. , Tucker K. L.
J Bone Miner Res. 2014 Aug;29(8):1756-62.

Deux études françaises montrent que la consommation de lait et de produits laitiers est associée à une diminution des maladies cardio-vasculaire et de la mortalité
CERIN 2014

3 thoughts on “Le lait n’est peut-être plus un ami pour la vie

  1. Attention “Le CERIN, centre de recherche et d’information nutritionnelles, est le département santé de l’interprofession des PRODUITS LAITIERS”, vu sur le site CERIN, donc prudence…

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