Cancer du sein : les malades injustement exposées à des radiations prolongées parce qu’elles rapportent plus?

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Après une chirurgie ou un chimiothérapie, des séances de radiothérapie sont prescrites à deux femmes sur trois ayant eu une lymphadénectomie axillaire (retrait des chaines ganglionnaires lymphatiques). Un étude publiée dans la revue JAMA retrouve que ces radiations durent souvent deux fois trop longtemps.

Ces séances de radiothérapie externes sont prescrites en général pour une durée de 5 à 7 semaine à raison d’une séance par jour, 5 jours par semaine : l’objectif est de réduire le risque de récidive et de prolonger la survie. Mais la radiothérapie peut aussi être administrée sur une plus courte période, pendant 3 semaines par exemple. C’est ce que l’on appelle le schéma dit hypofractionné. Pourtant ce schéma hypofractionné est très peu utilisé aux Etats-Unis comme en France alors qu’il coûte moins cher et simplifie le traitement. Plusieurs études ont montré que les patientes préfèrent évidemment les séances hypofractionnées. Alors, pourquoi le traitement hypofractionné, n’a t-il pas été généralisé?

Une équipe d’oncologues de l’université de Pennsylvanie, ont analysé les données de plusieurs assurances maladies afin d’évaluer les différents traitements reçus par 15 643 femmes atteintes d’un cancer du sein. Un premier groupe de patiente avait plus de 50 ans et avaient un cancer à un stade précoce, exactement la population pour laquelle il est recommandée de bénéficier d’une radiothérapie hypofractionnée.  Un second groupe avait un cancer plus avancé avec une diffusion des cellules cancéreuses et avaient bénéficié d’un curage axillaire. Dans ce second groupe, la radiothérapie hypofractionnée n’est aucunement découragée.

Les scientifiques ont pu évaluer combien de femmes dans chaque groupe avaient reçu une radiothérapie longue et combien avaient reçu une radiothérapie courte (hypofractionnée).

Dans le groupe qui devait recevoir une radiothérapie courte, 10,6% la recevait en 2008 et 34,5% seulement en 2013. Dans le second groupe, ce chiffre passait de 8% à 21% sur la même période. Alors pourquoi les patientes ne reçoivent-elles pas le traitement qu’elle préfèreraient et qui a exactement la même efficacité?

Les raisons sont en fait aussi banales qu’inquiétantes. La première est la force de l’habitude. Pourquoi changer quelque chose qui marche? Pourquoi changer ses habitudes de médecin et les habitudes de l’équipe de radiothérapie juste pour satisfaire les patientes? Le conservatisme est donc la première explication. Pourtant, en Angleterre et au Canada, les médecins ont su évolué et dorénavant les 2/3 des femmes bénéficient d’une radiothérapie hypofractionnée. Rien n’est donc impossible.

Mais il y aurait plus grave, l’argent. L’étude américaine retrouve qu’effectivement une radiothérapie hypofractionnée est facturée moins cher qu’une radiothérapie longue. C’est la seconde explication qui est également la plus souvent mise en avant par les spécialistes en France pour expliquer l’absence de changement. Proposer une radiothérapie hypofractionnée aux patientes réduirait les revenus des centres de radiothérapie! Cette situation est connu de tous, sauf évidemment des patientes. A tel point qu’ en 2013, il a été proposé par les spécialistes du domaine d’évoluer vers une tarification forfaitaire pour généraliser la radiothérapie hyprofractionnée. Mais pour le ministère de la santé n’a pas bougé. Pourtant les patientes y gagneraient et la sécurité sociale aussi. 

Sources

Uptake and Costs of Hypofractionated vs Conventional Whole Breast Irradiation After Breast Conserving Surgery in the United States, 2008–2013 FREE ONLINE FIRST
Justin E. Bekelman, MD1,2,3; Gosia Sylwestrzak, MA4; John Barron, PharmD4; Jinan Liu, PhD4; Andrew J. Epstein, PhD3,5,6; Gary Freedman, MD1; Jennifer Malin, MD7; Ezekiel J. Emanuel, MD, PhD2
AMA. Published online December 10, 2014. doi:10.1001/jama.2014.16616

Long Radiation Treatments Called Unnecessary in Many Breast Cancer Cases

Crédit Photo Creative Commons by  Tim Pierce

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