Il y a un an mourait la première victime d’Ebola en Afrique de l’Ouest

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Voilà un an, le 23 décembre 2013, décédait le patient zéro de l’épidémie d’Ebola qui frappe l’Afrique de l’Ouest, une petite fille âgée de seulement deux an qui habitait avec sa famille un village reculé de Guinée (voir article Docbuzz). Une année plus tard, l’OMS comptabilise officiellement 7518 décès et 19340 personnes contaminées. Selon  le Docteur Thomas Frieden, Directeur du Center for Disease Control Américain, la lutte sera longue. Il y a fort à parier qu’à Noël 2015, l’épidémie Ebola en Afrique de l’Ouest ne soit toujours pas éradiquée.

Si l’aide international est arrivé en Afrique de l’Ouest, les 3 pays les touchés, le Sierra Leone (8 939 cas), le Liberia (7 830) et la Guinée (2 571 cas), peinent toujours à faire face au virus. Il n’y a par exemple toujours pas assez de lits à Conakry, la capitale de la Guinée, obligeant les malades à rester chez eux, une bombe à retardement sanitaire. Une études de l’université de Yale a effectivement montré que la très grande majorité des contaminations avaient lieu au sein des familles et ne suivait pas une courbe de diffusion comme la grippe. Cette nouvelle analyse a également permis de réfuter les estimations alarmistes du CDC qui planifiait 1.4 millions de cas fin janvier 2015 et d’affiner le nombre de cas non officiellement reconnus. Ainsi selon ces scientifiques, pour 100 cas reconnus officiellement, 20 restent ignorés.

Paradoxalement, au Sierra Leone, où 100 nouveaux cas par semaines étaient enregistrés au début du mois de décembre, par manque de coordination entre les acteurs gouvernementaux et les associations présentes sur place, certaines cliniques érigées pour traiter les malades du virus ont des lits vacants ; les lieux choisis pour leurs érections sont trop éloigné des lieux où la maladie fait rage et les malades sont incapables de les rejoindre.

Au Libéria en revanche, la situation semble s’améliorer et les autorités espèrent voir une réduction de la cinétique de contamination dans les semaines à venir. Cependant, un an après le début de l’épidémie longtemps ignorée par les Nations Unies et la communauté internationale, le bilan de l’action internationale reste mitigé et la coordination entre les acteurs toujours très complexe, révélant à nouveau l’incapacité des acteurs à planifier à grande échelle une lutte efficace dans des pays manquant d’infrastructure et om la corruption persiste.

L’implication de la communauté internationale devra être durable car les conséquences de l’épidémie vont bien au delà des décès enregistrés. Ainsi l’UNICEF estime qu’en plus d’avoir tué 1200 enfants, le virus a également fait 10 000 orphelins, totalement abandonnés. Souvent, des familles entières ont été décimées et les structures d’accueils pour orphelins sont le plus souvent inexistantes dans des pays qui ont connus récemment des guerres civiles meurtrières où les orphelins étaient souvent recrutés comme enfants-soldats. Ils sont d’autant plus abandonnés qu’ils sont parfois stigmatisés par la croyance populaire d’une plus grande contagiosité des enfants.

La désorganisation sanitaire d’un système qui était déjà fortement délabré risque par ailleurs de faciliter la propagations d’autres maladies infectieuses comme le paludisme, la rougeole ou des pathologies gastro-intestinales, capables de faire bien plus de victimes qu’Ebola. Dans cette région d‘Afrique de l’Ouest, le paludisme fait habituellement 100 000 victime par an.

Les économies locales sont également durement impactées. Selon les Nations Unies, le nombre de personnes souffrant de la faim va doubler dans cette zone et atteindra un million d’individus en mars 2015, car non seulement les cultures ne se font plus mais l’isolement créé par la fermeture des frontières exacerbe les zones de famine. L’aide international devra donc encore croitre pour faire face à cette situation sans cesse plus complexe. Le Fond Monétaire International, dirigé par la Française Christine Lagarde a été récemment mis en cause pour son rôle dans la fragilisation des systèmes de santé des 3 pays les plus touchés par un article de la revue The Lancet. Son interventionnisme économique aurait effectivement contribué à réduire les fonds alloués aux systèmes de santé, les rendant incapables de répondre efficacement dès le début de l’épidémie. Le FMI a récemment accordé 430 millions de dollars d’aide Au Sierra Leone, à la Guinée et au Liberia.

Sources

Epidemiological and viral genomic sequence analysis of the 2014 Ebola outbreak reveals clustered transmission
Samuel V. Scarpino1,*, Atila Iamarino2,3,*, Chad Wells4,5, Dan Yamin4,5, Martial Ndeffo-Mbah4,5, Natasha S. Wenzel4, Spencer J. Fox6, Tolbert Nyenswah7, Frederick L. Altice5,8, Alison P. Galvani4,5,9,10, Lauren Ancel Meyers1,6, and Jeffrey P. Townsend
Clin Infect Dis. (2014)doi: 10.1093/cid/ciu1131 First published online: December 15, 2014

The International Monetary Fund and the Ebola outbreak
Alexander Kentikelenis, Lawrence King, Martin McKee, David Stuckler
The Lancet Global health, Published Online December 22, 2014 http://dx.doi.org/10.1016/ S2214-109X(14)70377-8

Crédit Photo Creative Commons by  theglobalpanorama

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