Fresque de Clermont-Ferrand : Bye Bye CHARLIE!

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Il y a 15 jours, 4 millions de français descendaient dans les rues pour rendre hommage à des dessinateurs assassinés, dont un des moyens d’expression favoris étaient de proposer des dessins représentant leurs cibles politiques ou religieuses dans des positions sexuellement suggestives. Pour une fresque du même acabit, peinte en salle de garde il y a 15 ans, et représentant 4 super-héros, Flash, Superman, Batman et Superwoman en plein ébat sexuel avec Wonder Woman, les internes du CHU de Clermont-Ferrand et en particulier l’un d’eux qui en a posté la photo sur Facebook, sont menacés de violentes poursuites par un pouvoir politique et administratif aux abois. Si Charlie Hebdo avait publié ce dessin, qui aurait critiqué?

Quel est le crime?

Comme c’est le cas dans la majorité des hôpitaux universitaires français, les salles de garde sont peintes de fresques à caractère sexuel. Ces peintures ont même inspiré à un historien de l’art, Gilles Tondini, un ouvrage, « L’art Obsène », où il y analysait cette iconographie. Le journaliste du Monde Philippe Dagen publiait en 2011 un article sur cet ouvrage ; « Cet art obscène hospitalier français relève d’une tradition ancienne et abondante. Ancienne car elle date sans doute du Moyen Age et des “chirurgiens-barbiers”. Abondante puisque Gilles Tondini a publié des reportages réalisés dans dix-sept hôpitaux de Paris et de la région parisienne et qu’il poursuit méthodiquement son enquête.

Au-delà de leur étrangeté et de leur pornographie, qui peuvent faire rire ou scandaliser – c’est affaire personnelle –, ces images sont au plus haut point intéressantes. Le plus curieux est qu’elles ont été peu étudiées jusqu’à aujourd’hui. Deux livres seulement leur ont été consacrés, celui – introuvable – de Jacques Le Pesteur (Fresques de salles de garde, Ramsay, 1980) et donc, l’an dernier, celui de Tondini et de sa complice Marie Bouchon, L’Image obscène (Mark Batty Publisher).

Il propose une visite de ces salles, inaccessibles d’ordinaire, où les internes en médecine entretiennent des rites et des images qui exaltent les plaisirs de l’érotisme. Dans ces enceintes vouées à la maladie et à l’angoisse que sont les hôpitaux, il est un lieu où Eros et Thanatos font infatigablement la noce. Voilà qui vaut bien explications et analyse ».

Cette fresques appartiennent aux rites des salles de garde, structure sociale à part entière reposant sur des us et coutumes ancestraux, et même les hôpitaux parisiens les plus récents comme  Robert Debré, inauguré en 1988, ou l’Hôpital Georges-Pompidou inauguré en 1999, possèdent leur salle de garde et leurs fresques. Michèle Barzac, ancienne interne à l’Hôtel Dieu, devenue ministre de la santé, figurait en bonne place sur les murs de la salle de garde dudit hôpital et ne demanda jamais à ce que ceux-ci soient repeint.

L’humour carabin n’est ignoré de personne mais ses détails ne sont connus que des initiés. Alors, lorsqu’un fragment de cette culture pénètre l’opinion est qu’il est manipulé à des fins politiques, nous assistons à ce déferlement d’incompréhensions et de condamnations. Habitués à créer la polémique, les journalistes évoquent ainsi une scène représentant un «viol collectif», la ministre de la santé Marisol Touraine, bien que non représentée, (à l’époque de la création de la fresque, Marisol touraine était Conseillère générale d’Indre et Loire.), se sent «personnellement visée», puisque des bulles rajoutés sur la fresque, qui en était initialement dépourvue, stipulent « Tiens, la loi santé ! » , « Prends la bien profond ! ». Elle ajoutait que « l’incitation au viol est insupportable et, que, rien ne peut la justifier ». « Osez le féminisme » quant-à elle dénonce les traditions misogynes de certains internes en médecine.

Rien de tout cela évidemment dans cette fresque peinte il y a 15 ans, comme dans aucune autre des salles de garde de France. Mais la polémique était lancée et les êtres bien pensant de notre nation qui revendiquaient tantôt notre liberté d’expression nationale à la face du monde, fut-elle grivoise, et reconnaissait à Charlie Hebdo le droit de montrer les imams, papes, rabbins et autres responsables politiques en joyeuses farandoles sexuelles, se drapent aujourd’hui du linceul éclatant de la vierge effarouchée. Toute représentation sexuelle devient « sexiste » et nous trouverons bientôt quelques médecins venir soutenir cette thèse (et hop voilà). Assujettis aux pouvoirs politique et administratif, les conseils de l’Ordre, directeurs des hôpitaux et autres doyens cacochymes des facultés, voyant un moyen facile de gagner un bon point et peut-être une rosette, se jetteront courageusement dans la bataille réclamant la destruction totale de cette expression vulgaire témoignant sans aucun doute du sexisme du monde hospitalier.

La décision d’effacer la fresque dite de “Clermont-Ferrand” a été prise, un linceul blanc recouvre dorénavant cette scènette de salle de garde. « On ne peut pas utiliser des scènes porno pour montrer son désaccord avec une loi » affirme Jean Chazal, le doyen de la faculté de Clermont-Ferrand dans le journal LiberationLa direction du CHU a elle indiqué dans un communiqué que dessuites juridiques adéquates, disciplinaires, voire judiciaires sont engagées à l’encontre du ou des auteurs présumés responsables de ces agissements inacceptables et condamnables“. 

Après avoir réclamé son “retrait immédiat“, le Conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM) demande “le retrait de toute trace de fresque représentant des violences faites aux femmes dans les salles de garde“, car “cette représentation n’est pas un cas isolé“.

Lors de ses voeux  aux personnels de l’AP-HP, Anne Hidalgo, maire de Paris et présidente du conseil de surveillance de l’Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP), a surenchéri, déclarant ne vouloir “aucune fresque (…) machiste ou homophobe” dans l’enceinte de l’AP-HP.

Bien peu de soutiens aux internes dans ce concert médiatique tonitruant. Si plusieurs centaines d’internes et de confrères ont manifesté pour les défendre, seul le Dr Michel Simes a osé prendre la parole sur RTL avouant ne pas comprendre la “réaction du ministre, du Conseil de l’Ordre qui trouve ça insupportable. Moi, je me demande si les gens du Conseil de l’Ordre sont un jour déjà allés dans une salle de garde. C’est hallucinant qu’on emmerde les étudiants en médecine. Laissez-les tranquilles, il s’amusent et ça n’a rien de dramatique“.

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Mais au petit jeu médiatique, les politiques ont les meilleurs relais. Gabriel Attal, ancien de Science Po et conseiller au cabinet de Marisol Touraine en avait bien conscience et a su en jouer en postant le tweet qui a allumé la mèche de cette polémique : « Rien ne saurait justifier l’incitation au viol. Pas même l’opposition à une loi. Honte aux médecins qui ont fait ça » écrivait-il. Certain doivent ce soir se réjouir d’avoir à si peu de frais rabattu leur caquet au collectif “les médecins ne sont pas de pigeons” qui avait diffusé l’image de la fresque sur son compte Facebook et à tous les opposants à une loi de santé rejetée par toute une profession. Attaquer la loi, c’est maintenant attaquer la femme, attitude sexiste! La messe est donc dite.

Qu’il est déjà loin Charlie, les  islamistes de la pensée sont finalement bien plus proches que l’on imaginait. 

Pour aller plus loin dans votre découverte des fresques des salles de garde et de leurs significations (à partir du site le plaisir des dieux) :  

– Lisez cet article de Francois Hottin, chef de la mission ethnologie à la direction de l’architecture et du patrimoine, dépendante du ministère de la culture et de la communication, “Fresque des salles de garde des hôpitaux Parisiens” publié en 2003, une époque déjà lointaine où l’intelligence et l’ouverture d’esprit considéraient les fresques de salles de garde comme “une clé d’analyse du champs social que constitue le corps médical“, un champs social que souhaite définitivement détruire certain.

– Découvrez cet article de la revue DS ; “Sexe, fresques et salles de garde

– Ou encore celui de Libération “Hôpital Fesses” appellant, en écho au livre “La Salle de garde. Histoire et signification des rituels des salles de garde du Moyen Age à nos jours», de Patrice Josset (Editions le Léopard d’Or), à la préservation de ces lieux mémorables de notre histoire.

Explorez les fresques des salles de garde de nombreux hôpitaux avec le site “Le plaisir des Dieux

Hôpital Saint Antoine (Paris)

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 Hôpital Hotel Dieu (Paris)
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Hôpital Lariboisière (Paris)
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