Le risque de psychose multiplié par 5 chez les consommateurs quotidiens de cannabis fortement dosé en THC

3330185079_6dc1743d85_b

L’étude est anglaise, sérieuse et a inclus près de 800 patients. Elle démontre que le risque de psychose, voie d’entrée dans la schizophrénie, est 3 à 5 fois plus fréquentes chez les gros fumeurs de cannabis, un nouveau résultat qui devrait faire réfléchir les hommes et femmes politiques qui tentent de se construire une stature en défendant la libéralisation de cette drogue destructrice d’avenir. L’étude est publiée dans la revue The Lancet Psychiatry.

«La psychose est une affection mentale caractérisée par une désintégration généralement profonde de la personnalité, avec troubles de la perception, du jugement, du raisonnement et du comportement dont le malade n’a pas conscience. La psychose est généralement durable, mais peut comporter des périodes de lucidité »

Les psychiatres de l’institut de psychiatrie de psychologie et de neurosciences du King’s College de Londres ont inclus 800 personnes, 410 qui avait souffert d’un premier épisode de psychose et 370 qui n’en avait jamais souffert mais qui, à part cela, étaient comparables au groupe précédent ; on trouvait dans les deux groupes des fumeurs et des non-fumeurs de cannabis. Parmi les fumeurs de cannabis, l’importance de la consommation et les dosages en THC de la drogue consommée étaient relevés. Les patients ayant souffert d’une psychose et le groupe contrôle étaient des blancs (32%), des noirs originaires des caraïbes (33%), des noirs africains (24%) ou des asiatiques (11%).

L’objectif scientifique était de mesurer le nombre de cas de psychoses et donc de vie qui basculent, qui seraient évitables en informant sur les dangers des cannabis à plus forte concentration en cannabinoïdes. En effet, une précédente étude avait commencé à relier teneur en Δ-9-tetrahydrocannabinol (THC) et effet psychotogénique. Les auteurs différentient dans l’étude le cannabis contenant moins de 5% de THC (hash) et plus de 15% de THC (shunk).

On retrouvait dans le groupe contrôle plus de personnes ayant fumé du cannabis de manière très occasionnelle en particulier du hash à teneur faible en THC (<5%). En comparaison à ceux n’ayant jamais fumé de cannabis, ceux qui consommaient de la résine dont la teneur était >15% de THC (shunk), avait un risque doublé de souffrir d’une crise de psychose, si cette consommation était inférieure à une fois par semaine. Ce risque était multiplié par 3 si la consommation était amplifiée durant un week-end et jusqu’à 5 si la consommation de shunk était quotidienne.

Selon ces données, les scientifiques estiment que presque 20% des crises de psychose survenues dans la population de l’étude étaient liées à une consommation quotidienne de cannabis. Le cannabis fortement dosé en THC (shunk) étant responsable d’une majorité des cas de nouvelles psychoses, porte d’entrée vers la schizophrénie, une porte d’entrée ouverte 5 fois plus fréquemment chez les plus importants consommateurs de cannabis fortement dosé en THC.

«Les sceptiques prétendent toujours que le cannabis n’est pas une cause importante de schizophrénie. Cet étude suggère que nous pourrions éviter près d’un quart des cas de psychose si personne ne fumait cannabis fortement dosée en THC ” explique clairement l’auteur principal de l’étude, Sir Robin Murray, professeur de recherche en psychiatrie au King’s Collège.

En revanche, l’utilisation d’une forme de marijuana moins dosée en THC (<5%), ne semble pas, dans cette étude, accroitre le risque de psychose. Le hash a une concentration plus élevée en cannabidiol (CBD) alors que les formes plus puissantes de marijuana ont une concentration plus élevé en tétrahydrocannabinol (THC), l’ingrédient psychotrope de la marijuana. Le cannabidiol est censé compenser les effets du THC.

Or, la consommation de cannabis en France est dorénavant principalement une consommation de cannabis fortement dosé : En France, L’augmentation des teneurs moyennes en THC observée depuis les années 2000 se confirme en 2013. Le taux de THC des résines s’accroît encore, passant de 16 % en 2012 à 17,4 % en 2013 ; il a doublé en 10 ans. Cela est dû essentiellement à l’augmentation de la circulation de résines fortement dosées (> 15 %) et à la baisse concomitante de la circulation des résines faiblement dosées (< 2 %). Le taux maximum de THC relevé dans la résine est de 40 % en 2013 (INPS (Institut national de police scientifique) 2013). La teneur en THC dans l’herbe de cannabis est elle aussi en augmentation et passe de 10 % en moyenne en 2012 à 13 % en 2013. L’explication de cette tendance tient également dans l’augmentation des herbes fortement dosées (> 15 %). (source OFDT) La schizophrénie, dont la porte d’entrée est la psychose, est une des pathologies les plus couteuses avec en France une dépense de 2% du budget annuel de la sécurité sociale. On estime à 600 000 personnes le nombre de malades en France. Le nombre de malades devrait donc augmenter suivant l’augmentation de teneur en THC du cannabis vendu sur le territoire.

On devrait  assister également à cet effet dramatique dans les pays ayant libéralisé le cannabis comme l’état du Colorado aux Etats-Unis car la marijuana vendue dans les magasins officiels contient au moins 25% de THC (source  Washington post).

Pour les auteurs de l’étude, les messages de prévention doivent être clarifiés : Demander à quelqu’un s’il a déjà fumé du cannabis n’apporte aucune information sérieuse ; il est nécessaire d’expliquer que c’est la fréquence de consommation et la teneur en THC qui créé le risque de trouble mental irrémédiable.

Sources

Proportion of patients in south London with fi rst-episode psychosis attributable to use of high potency cannabis: a case-control study
Marta Di Forti, Arianna Marconi, Elena Carra, Sara Fraietta, Antonella Trotta, Matteo Bonomo, Francesca Bianconi, Poonam Gardner-Sood, Jennifer O’Connor, Manuela Russo, Simona A Stilo, Tiago Reis Marques, Valeria Mondelli, Paola Dazzan, Carmine Pariante, Anthony S David, Fiona Gaughran, Zerrin Atakan, Conrad Iyegbe, John Powell, Craig Morgan, Michael Lynskey, Robin M Murray
Lancet Psychiatry 2015 Published Online February 18, 201

Synthèse thématique : cannabis
OFDT 2014

Crédit Photo Creative Commons by Sids1

3 thoughts on “Le risque de psychose multiplié par 5 chez les consommateurs quotidiens de cannabis fortement dosé en THC

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *