Lutte contre l’obésité : exercise physique ou régulation nutritionnelle?

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Après des années de négligence, les pouvoirs publics commencent à reconnaitre l’intérêt de l’exercise physique dans la prévention de très nombreuses pathologies en comparaison à des personnes qui restent sédentaires. Mais comme le rappellent trois auteurs d’un éditorial de la revue  The British Journal of Sports Medicine, l’exercise physique ne fait pas tout et en tout cas n’est pas la panacée à la prise de poids.

En effet, à l’heure où un tiers de la population mondiale est en surcharge pondérale ou obèse, y compris des millions d’enfants (2 adultes sur 3 et 1 enfant sur 3 aux Etats-Unis sont en surcharge pondérale), nos autorités publiques n’ont pour l’instant compris qu’une moitié de la problématique, car l’exercise physique sans amélioration de l’équilibre nutritionnel ne rime à rien, et n’apporte finalement que peu de bénéfice en terme de perte de poids.

Evidemment, la position de pouvoirs publics comme par exemple des députés français restent tristement sous influence. Il est effectivement facile de voter une loi reconnaissant l’exercise physique comme élément nécessaire à une bonne santé et autorisant donc les prescripteurs à promouvoir cet exercise physique dans le même temps à rendre illisible une loi destinée initialement à éclairer le consommateur sur la quantité de sucre ou de graisses contenus dans  les produits industriels (Cf article Docbuzz).

Au cours de 30 dernières années, alors que l’obésité commençait son explosion, le niveau d’exercice physique des populations occidentales n’a que peu bougé. Ce n’est donc pas une réduction importante de cette activité au cours de ces dernières années qui a provoqué l’obésité. Ce qui a provoqué ce tsunami d’obésité c’est la quantité de calories consommées mais aussi le type de calories consommées. Et l’obésité, qui est dorénavant considèrée aux USA comme une maladie n’est que la partie immergée de l’iceberg. Car une mauvaise hygiène alimentaire cause aujourd’hui plus de pathologies que l’absence d’activité physique, le tabac et l’alcool réuni (Lancet global burden of disease report). Plus de 40% de la population ayant un Indice de Masse Corporel normal développent des anomalies métaboliques typiquement associées avec l’obésité, comme l’hypertension, les dyslipidémies, la stéatose hépatique non alcoolique et les maladies cardiovasculaires, accident vasculaire cérébral, infarctus insuffisance cardiaque, etc…

Malgré cette évidence, on fait croire au public qu’il est possible de garder un poids «sain» en faisant le décompte des calories consommées quotidiennement. Beaucoup même continuent à croire que l’obésité est une maladie du manque d’exercise physique. En fait ces fausses assertions proviennent directement du marketing de l’industrie agroalimentaire utilisant des techniques de communication et d’influences identiques à celles mises en oeuvre avec succès par l’industrie du tabac. L’industrie du tabac a réussi à éviter toute intervention gouvernementale pendant les 50 années qui ont suivi la démonstration que le tabac générait le cancer du poumon qui sans lui n’existerait pratiquement pas. Ce sabotage de la santé publique s’est appuyée sur le déni, le doute, la confusion des consommateurs et la corruption de scientifiques. Par exemple une équipe de scientifiques américains publiait en mars 2015 dans la revue Plos Medecine, des documents internes aux industries sucrières qui démontrent la manipulation de la politique de santé publique sur la santé buccale des enfants, pour que le sucre ne soit pas accusé de causer des caries. Le « projet 269 », consistait en la mise en place de programmes de recherche sans issues mais insinuant le doute et la constitution d’un comité d’experts scientifiques « maison ». Le programme national de santé publique écartera toute idée de restreindre la consommation en sucre. Nous en sommes toujours là aujourd’hui.

Coca-Cola qui a dépensé 3.3 milliards de dollars en publicité en 2013, martelait le message que «Chaque calorie compte» et associait ses produits au sport, suggérant qu’il était sain de boire de Coca-Cola si vous faisiez de l’exercice physique. De nombreux scientifiques, a travers de nombreuses études cliniques ont pourtant montré que ce message commercial était mensonger et faux. Car c’est le type de calories absorbées qui compte le plus. Les calories provenant du sucre stimulent l’accumulation des graisses et la faim. Les calories provenant des graisses provoquent un sentiment de satiété.  Une très large analyse mondiale sur la consommation de sucre révèle que pour chaque excès de 150 calories de sucre (une canette de coca), la prévalence du diabète est multiplié par 10 en comparaison à 150 calories obtenues par les protéines et les graisses; et cette augmentation du risque de diabète était indépendante du poids et de l’exercise physique. Le sucre est le véritable ennemi de l’humanité. Une récente publication montrait que la restriction en sucre est la méthode la plus efficace pour réduire le syndrome métabolique et que ce devrait être la première approche thérapeutique de la prise en charge du diabète pour que des bénéfices apparaissent même sans perte de poids.

Imaginez que ces même sociétés, Coca-Cola comme d’autres, ont réussi à imposer des boissons très fortement sucrées baptisées «boissons énergétiques» aux sportifs en y accolant une image d’énergie, de puissance et d’exploit alors que cette eau parfumée très fortement sucrée est non seulement inutile aux sportifs mais aussi capable de détruire tout le bénéfice de l’exercice physique. Pour ce faire, il leur a suffit d’imposer un concept marketing appuyé par quelques scientifiques ; Le concept de charge en sucre (Sugar Load) qui serait nécessaire pour mener à bien un exercise intense. Et ce concept marketing a très bien fonctionné et fonctionne toujours. Et cela même si des travaux de Volek  al par exemple ont montré que l’adaptation chronique à un régime riche en lipides et pauvres en sucres induit des taux important d’oxydation des graisses en cours d’exercice sans qu’aucun apport de sucre supplémentaires ne soit nécessaire. Ainsi les graisses, incluant les cétones, apparaissent être un carburant idéal pour la majorité des exercises physiques : les graisses sont abondantes, ne nécessite aucune supplémentation pendant l’effort et sont capables d’assurer la fourniture d’énergie nécessaire aux efforts physiques pratiqués par le plus grand nombre de sportifs. Cette utilisation massive du sucre chez les sportifs placent les athlètes insulino-résistants à risque de devenir diabétiques si ces régimes hypersucrés sont poursuivis.

Si la grande majorité de la population a entendu le message d’un risque d’obésité et de diabète lié à l’alimentation, les causes en ont été corrompues. Les auteurs appellent à une cessation immédiate de l’utilisation de célébrités, en particulier dans le sport,  pour promouvoir les boissons sucrées et appellent au bannissement dans le sport de la junk food (Mac Donald sponsorise de grand évènements sportif comme les Jeux Olympiques ) et de ces boissons (comme cocoa-cola). Tout comme le tabac a été interdit de publicité, les boissons sucrées doivent être bannis des stades pour que cesse cette association entre exercise physique, effort, exploit, victoire et sucre. Les seules victoires sont celles du chiffre d’affaire des géants de l’alimentaire. La justification par un «halo» de santé de produits nutritionnellemnt déficients est mesonger et non scientifique. Ce marketing manipulateur a réussi à saboter certaines actions des pouvoirs publiques comme la hausse des taxes sur les boissons sucrées ou l’interdiction de publicité pour la junk food. Ce marketing augmente les profits financier de l’industrie agroalimentaire au prix d’une altération de la santé de population entières concluent les auteurs.

Sources

It is time to bust the myth of physical inactivity and obesity: you cannot outrun a bad diet
A Malhotra, T Noakes, S Phinney
Br J Sports Med Month 2015 

Loi de santé : peut-on se passer de l’activité physique ?
Le Monde | 27.03.2015

Crédit Photo creative Common by  vlauria

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