Obésité : Comment Coca-Cola veut faire oublier que les sodas font grossir en détournant la science

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Copie d’écran du site France de Coca-Cola…qui investit dans le sport.

Vous qui pensez que pour éviter de grossir, il faut manger plus équilibré et moins, Coca-Cola va vous convaincre d’autre chose. Car selon Coca-Cola, si vous prenez du poids, c’est parce que vous ne faites pas assez d’exercice physique pour dépenser les calories ingérées. Et pour soutenir cette équation scientifiquement contestable, Coca-Cola a engagé de célèbres scientifiques, créé une fondation doté de millions de dollars et a commencé à convaincre les politiques  et les administrations d’appuyer cette vision. C’est ce que révèle le NYT dans un article publié aujourd’hui. Ce lobbying pourrait-il avoir un lien avec la très récente et très inattendue autorisation de prescrire de l’exercice physique en France, un pays où les politiques de santé visant à réduire l’obésité ont toutes régulièrement échoué ?

Coca-Cola voudrait donc imposer une nouvelle solution à l’épidémie d’obésité : pour rester maigre, ne vous soucier pas des calories absorbées (et par conséquent continuez à boire du soda) mais en revanche faites de l’exercice physique. Pour raconter cette belle fable à travers le monde, Coca-Cola a engagé de nombreux chercheurs et scientifiques reconnus dans le domaine de l’obésité aux Eats-Unis (James O. Hill, PhD, Steven Blair, PED, Gregory A. Hand, PhD, MPH, John C. Peters, PhD), en Afrique (Nahla Hwalla, PhD), en Asie (Wenhua Zhao, PhD), en Europe (Arne Astrup, MD, PhD auteuir de la fameuse étude Diogène), en Amérique Latine (Marianella Herrera, MD, MSc) et en Océanie (Wendy Brown, PhD).

Tous ces scientifiques ont été réunis dans une organisation à but non lucratif  appelée « The Global Energy Balance Network », qui promeut donc l’argument que ceux qui font attention à leur poids sont trop concentrés sur ce qu’ils mangent et boivent et pas assez sur l’exercice physique. Dans une vidéo annonçant la création de l’organisation  Steven N Blair, vice président du groupe détaille : « La majorité des médias et de la presse scientifique se concentrent sur «Oh, ils mangent trop, mangent trop, mangent trop…accusant les fast-foods, accusant les boissons sucrées, alors qu’il n’y a virtuellement aucune preuve qu’en fait, ils en soient la cause ». Seriously ?

Ce message de Coca-Cola fait partie d’un effort promotionnel massif et mondialisé pour lutter contre les critiques adressées aux boissons sucrées qui ont par exemple déjà fait chuter ses ventes de 25% aux Etats-Unis: un récent article du journal de cardiologie Circulation évaluait par exemple à 184 000 le nombre de décès annuels causés directement par la consommation de sodas sucrés (voir article Docbuzz) et la même semaine, la ville de San Francisco prenait de vigoureuses mesures anti-sodas sucrés (voir article Docbuzz). Malgré ces effets dévastateurs, le lobbying de Coca-Cola a déjà montré son efficacité. Alors que la ville de Chicago s’apprêtait à voter une taxe contre les sodas sucrés, le financement de 60 centres sportifs dans les différentes communautés de la ville à suffit à étouffer le projet de loi dans l’œuf. Les politiques restent très perméables aux lobbies.

Les experts en santé publique considèrent bien sûr que ce message sponsorisé par Coca-Cola constitue un détournement des résultats d’études scientifiques, destiné à obérer le rôle majeur joué par les sodas sucrés dans l’épidémie d’obésité et voulant faire croire au public qu’une mauvaise alimentation pourrait être compensée par un surplus l’exercice physique.

Les financements attribués par Coca-Cola à des membres de l’organisation restent incomplètement connus : deux universités qui emploient des leaders de l’organisation ont dû reconnaitre que Coca-Cola avait déjà versé 1.5 millions de dollars. Depuis 2008, Le docteur Blair (Université de Caroline du Sud) a reçu 3,5 milions de dolars et Gregory A. Hand (Université de West Virginia) 1.3 millions de dollars. Le Dr. Hill, a lui reçu 1 million de dolars. Les lois américaines (State Freedom of Information Act) obligeant à divulguer ces informations sur demande n’existent pas ailleurs. Les montants reçus par les autres chercheurs ne sont à ce jour pas connus.

Selon Marion Nestle, Professeur de Nutrition à l’université de NY et auteur du Livre “Soda Politics” “The Global Energy Balance Network” n’est rien d’autre qu’une tête de pont de Coca-Cola dont l’objectif est très clair : faire en sorte que ces scientifiques rendent la science de la nutrition encore plus confuse et détournent l’attention du public de l’importance d’avoir des apports sains vers l’intérêt de faire de l’exercice physique. Ce détournement de la science a déjà été réalisé avec succés par plusieurs géants du secteur qui ont par exemple focalisé les consommateurs sur la quantité totale de calories ingérés au cours d’un repas et mettant leurs menus en correspondance avec ces objectifs caloriques journaliers. Or évidemment consommer 400 Kcal sous forme de sucre n’a pas les mêmes conséquences sur votre corps que concommer 400 Kcal sous forme de proteines. Ce message a permis de continuer la vente massive de graisse et de sucres dans des menus en donnant bonne conscience aux consommateurs. Ce n’est pas la première fois que Coca-Cola, comme d’autres géant de l’alimentation, s’aventurent à tenter d’influencer les résultats scientiques opérant en fait exactement comme les fabricants de tabacs. Une étude publiée dans le journal PLOS Medicine, retrouvait que les études financées par Coca-Cola, Pepsi-Co ou l’Association Americaine des fabricants de boissons (the American Beverage Association) avaient 5 fois plus de chance de ne trouver aucun lien entre boissons sucrées et prise de poids que les études non sponsorisées par ces géants.

Sur son site internet, l’association “The Global Balance energy Network” promet d’être une «La voix de la science» dans les discussions sur les modes de vie sain et promet que le concept de l’équilibre énergétique fournit “un nouveau cadre scientifique” pour atteindre un poids corporel stable, insistant sur le fait que la clé pour maintenir un poids stable n’est pas de réduire le nombre de calories que l’on ingère (comme le recommande tous les médecins et nutritionnistes) mais de maintenir un mode de vie actif. Des liens hypertexte renvoient déjà vers des publications scientifiques dont la lecture des conflits d’intérêts révèle qu’ils ont été sponsorisés par la société Coca-Cola.

Dans un éditorial publié dans la revue médicale «The British Journal of Sports Medecine» annonçant la création de l’organisation à but non lucratif, trois des scientifiques impliqués écrivaient que public et scientifiques avaient trop largement négligé l’inactivité physique (la sédentarité) comme une cause de l’obésité et que créer «The Global Energy Balance Network » devait attirer l’attention sur les deux côtés de de la balance énergétique (voir la vidéo du Dr. Steve Blair), les apports énergétiques mais dorénavant surtout sur les dépenses énergétiques.

Et toute la manipulation réside là. Le concept de la balance énergétique, dépenser les calories absorbées en transpirant est évidemment un concept simple qui pourra être compris par le public qui a déjà été trompé par le message sur la quantité de calories absorbées où la «qualité» des calories (protéine, lipide ou glucide) a toujours été obérée. Le concept de balance énergétique est une avancée dans cette conception trompeuse : on ne se débarasse pas de la même manière de 400 Kcal absorbée sous forme de sucres que sous forme de protéines. Par ailleurs de plus en plus de travaux sérieux ont confirmé que si l’exercise physique présente de nombreux avantages et bénéfices pour la santé, il n’est pas un éléménent déterminant de la perte de poids chez les personnes en surcharge pondérale. En plus, faire de l’exercise physique accroit l’appétit. Et perdre ce qui a été ingéré en excès n’est pas simple : si vous devez dépenser l’énergie absorbée en consommant une cannette de Coca-Cola, il vous faudra marcher 5 kilomètres….toujours tenté par la canette? La meilleure méthode pour éviter la prise de poids ou favoriser une perte du poids reste bien d’éviter le surplus d’apports ou de les réduire, tout en gardant à l’esprit que le type de calories ingérées joue un rôle déterminant : on évitera en particulier les nourritures sucrées en particulier celles à index glycémique élevé. C’est ce que confirmait encore le Dr Anne McTiernan qui a mené une étude extrêmement rigoureuse sur le lien entre l’exercise physique et la perte de poids : 200 adultes en surcharge pondérale ont accepté de subir un entrainement physique intensif (5 à 6 heures par semaine) sans modifier leurs habitudes alimentaires. Après une année, tous étaient toujours obèses ou en surcharge pondérales et les pertes de poids étaient décevantes, -1.5 kg chez les hommes et -1.13 kg chez les femmes. Pour le Dr McTiernan, faire de l’exercise au cours d’un régime alimentaire est un plus mais le bénéfice ne viendra que d’un changement des habitudes alimentaires”.

Pourtant la semaine dernière, un centre de recherche de Louisiane (US), le Pennington Biomedical Research Center, annonçait qu’une étude clinique mené chez des enfants avait montré que le manque d’activité physique était le plus grand prédicteur d’obésité à travers le monde. Le communiqué de presse, en bas de page comportait cette indication ; “This research was funded by The Coca-Cola Company.”

Sources

Funds Scientists Who Shift Blame for Obesity Away From Bad Diets
Anahad O’Connor
NYT August 9, 2015

The Global Energy Balance Network 
gebn.org,

Pennington Biomedical Research Study Shows Lack of Physical Activity is a Major Predictor of Childhood Obesity
Released: Monday, August 03, 2015

Relationship between lifestyle behaviors and obesity in children ages 9-11: Results from a 12-country study.
Katzmarzyk PT1, Barreira TV1, Broyles ST1, Champagne CM1, Chaput JP2, Fogelholm M3, Hu G1, Johnson WD1, Kuriyan R4, Kurpad A4, Lambert EV5, Maher C6, Maia J7, Matsudo V8, Olds T6, Onywera V9, Sarmiento OL10, Standage M11, Tremblay MS2, Tudor-Locke C1, Zhao P12, Church TS1; ISCOLE Research Group.
Obesity (Silver Spring). 2015 Aug;23(8):1696-702. doi: 10.1002/oby.21152. Epub 2015 Jul 14.

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