Viandes et cancers, des amis pour la vie…

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Malgré leur lobbying intense de ces dernières semaines, les industriels de la viande n’auront pas réussi à circonvenir cette nouvelle publication réaffirmant le lien entre viandes et cancers. Car si ce lien est retrouvé par de nombreuses études depuis longtemps, cette fois, c’est un organisme mondial officiel, l’OMS (The World Health Organization’s International Agency for Research on Cancer-IARC), qui reconnait que la consommation de viandes favorise certain cancers, tout comme le tabac ou la pollution au diesel. Ce n’est donc pas une découverte, mais ce que les autorités sanitaires d’un pays (comme la France par exemple) peuvent faire semblant de ne pas voir lorsqu’il s’agit d’une étude clinique, ne peut plus être ignoré lorsque l’OMS reconnait un lien entre viandes rouges et cancers.

A propos de la consommation de viande, le PNNS, le Programme National Nutrition et Santé, réalisé sous l’égide du ministère de la santé contient actuellement des recommandation en matière de consommation de produits carnés ; « Consommer sans excès (1 à 2 fois par jour), pour leur apport en protéines, de la viande, des œufs ou du poisson. En quantité inférieure à l’accompagnement. Pour les viandes : privilégier la variété des espèces et les morceaux les moins gras. Limiter les formes frites et panées. Pour le poisson : au moins deux fois par semaine». La viande y est recommandée, en même place que le poisson, pour ses apports en protéines animales mais aucune alerte concernant un lien entre viandes et cancers n’y figure. Prise au pied de la lettre, cette recommandation propose de consommer de la viande plusieurs fois par semaine voire par jour en évitant les viandes trop grasses, une recommandation qui ne satisfait évidemment plus au risque officiellement reconnu dorénavant par l’OMS.

Pourtant, à l’heure de l’écriture de ces recommandations, de nombreuses preuves cliniques pointant déjà les viandes du doigt, avaient été volontairement ignorées. Prenons l’une d’entre elle ayant évalué le lien entre consommation de viandes rouges et de charcuteries et le risque de décès précoce chez plus de 100 000 personne (publiée en 2012). L’étude confirmait que la consommation de viandes rouges comme la consommation de charcuteries, favorisaient un décès précoce, soit par augmentation des maladies cardiovasculaires, soit par augmentation des cancers.
Ainsi, le risque de décès précoce est augmenté globalement de +12% pour une consommation quotidienne de viandes puis augmente régulièrement jusqu’à +30% pour quatre consommations quotidiennes. Le risque est plus élevé pour la consommation de charcuteries que pour la consommation de viandes rouges. Cette consommation excessive accroit le risque de décès cardiovasculaire de +16% ; le risque est plus élevé pour les charcuteries que pour la viande rouge (+18% et +21%). Quatre apports quotidiens amène le risque de décès cardiovasculaire précoce à +40%. Le risque de décès par cancers est accru globalement de +10%. Il est de +12% pour les charcuteries et atteint globalement +19% pour quatre apports quotidiens.

Les 22 experts réunis à Lyon ayant émis la nouvelle recommandation de l’OMS ont été moins loin que cette étude dans la reconnaissance des risques pour la santé liée aux viandes. Ils reconnaissent néanmoins officiellement que les viandes rouges sont un “cancérogène probable” pour l’homme (groupe 2A) et que les charcuteries sont un “cancérogène certain” (groupe 1),  catégorie sur laquelle ne plane aucun doute de cause à effet et dans laquelle figure par exemple le tabac. Pour les experts, “chaque consommation quotidienne de 50 grammes de charcuterie accroit le risque de cancer de 18%”, et la consommation quotidienne de 100 grammes de viandes rouges augmente ce risque de 17%. Les cancers qui sont favorisés par les viandes sont principalement les cancers du colon. La littérature scientifique a cependant retrouvé une augmentation du risque de cancer gastrique, de cancer de la prostate, et de cancer du sein chez la femme. Avec une estimation de 50 000 morts annuels par cancer, la viande rouge rejoint le club encore assez fermé des grands pourvoyeurs de cancers où siège déjà le tabac, responsable de 1 million de morts par cancer chaque année, l’alcool, 600 000 morts par cancer, et la pollution atmosphérique, avec 200 000 morts par cancers. Pour être complet, on rajoutera que cette consommation accroit également selon d’autres publications le risque de diabète.

Comment les viandes augmentent-elle le risque de cancers? Si la réponse à cette question reste incomplète, sont incriminés les graisses saturées et l’hémoglobine présent dans les muscles. Pour la charcuterie, les processus chimiques de conservation, nitrates et nitrites ont été reconnus comme favorisant les risque de cancers. La cuisson de la viande pourrait également être en cause en particulier la cuisson directe sur la flamme (barbecue). La cuisson à haute température produit des nitrosamines convertis en nitrites, des hydrocarbures aromatiques polycycliques capables de se concentrer et de persister dans l’organisme et reconnus comme polluants primaires, ainsi que des amines aromatiques hétérocycliques, un cancérogène mutagène identifié la première fois dans la fumée de cigarette.

Alors, faut-il arrêter de manger de la viande rouge et de la charcuterie? Tout dépend déjà de votre risque actuel. Eviter ces produits pourrait-être recommandé chez les personnes souffrant d’une maladie cardiovasculaire, ou ayant un risque familial connu de cancer du colon. Cependant, si leur consommation reste non régulière et surtout non quotidienne, le risque se réduit grandement. Tout le monde ne souhaitant pas devenir végétarien, d’autres produits peuvent leur être préférés et apporter un bénéfice pour la santé. Ainsi dans l’étude évoquée précédemment, les scientifiques ont évalué que remplacer un apport en viande rouge par un apport en poisson, réduisait le risque de décès précoce de -7%,  de -14% en le remplaçant par du poulet, de -19% pour des noix, de -10% pour des légumes et de -14% pour des céréales non transformées

Réduire la consommation mondiale de viande, estimée annuellement à 310 million de tonnes en 2013, pourra réduire le risque de cancers. On estime que 40% de cancers sont liés à notre alimentation.  L’objectif de l’OMS est évidemment que les gouvernement mettent en place des mesures de santé publique afin de réduire les risques de cancers. Le PNNS français serait donc à revoir. Sachant combien nos élus mettent d’efforts à lutter contre la pollution, le tabac et l’alcool, il  y a fort à parier que la mise en pratique des recommandations de l’OMS reste du domaine individuel.

Déjà en 2011…

Sources

Carcinogenicity of consumption of red and processed meat
Véronique Bouvard, Dana Loomis, Kathryn Z Guyton, Yann Grosse, Fatiha El Ghissassi, Lamia Benbrahim-Tallaa, Neela Guha, Heidi Mattock, Kurt Straif on behalf of the International Agency for Research on Cancer Monograph Working Group
Published Online: 26 October 2015

IARC Monographs on the Evaluation of Carcinogenic Risks to Humans
VOLUME 114: RED MEAT AND PROCESSED MEAT Lyon, France: 6-13 October 2015
The IARC Working Group consisted of 22 experts from 10 countries (List of Participants).

IARC Monographs evaluate consumption of red meat and processed meat
26 October 2015

http://www.iarc.fr/en/media-centre/pr/2015/pdfs/pr240_E.pdf

Read the IARC Monographs Q&A on the carcinogenicity of the consumption of red meat and processed meat.

http://www.iarc.fr/en/media-centre/iarcnews/pdf/Monographs-Q&A_Vol114.pdf

High meat consumption linked to gastric-cancer risk
Leslie Harris O’Hanlon
Lancet Oncology  volume 7, N_4, p287, April 2006

Red Meat Consumption and MortalityResults From 2 Prospective Cohort Studies
An Pan, PhD; Qi Sun, MD, ScD; Adam M. Bernstein, MD, ScD; Matthias B. Schulze, DrPH; JoAnn E. Manson, MD, DrPH; Meir J. Stampfer, MD, DrPH; Walter C. Willett, MD, DrPH; Frank B. Hu, MD, PhD
JAMA April 9, 2012, Vol 172, No. 7

Crédit Photo Creative commons by  Watershed Post

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