Hypertension : pour sauver plus de vies, il faut abaisser la pression artérielle à 120 mmHg

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En septembre dernier, la Food and Drug Administration annonçait l’arrêt prématuré de l’étude SPRINT qui aurait du se poursuivre jusqu’en 2017, une  étude menée chez des patients hypertendus dans l’objectif de mieux cerner l’objectif de pression artérielle à viser pour réduire les risques d’accidents cardiovasculaires liés à l’hypertension. L’étude vient d’être publiée dans le New England Journal of Medicine et change les objectifs de traitement des hypertendus.

Un milliard d’êtres humains souffrent d’hypertension artérielle dans le monde. L’hypertension artérielle se définie par une pression artérielle systolique supérieure à 140 mmHg et une pression artérielle diastolique supérieure à 90 mmHg. Parmi les plus de 50 ans, l’hypertension artérielle systolique isolée (seule la valeur de la pression artérielle systolique est au delà de la limite) est la forme la plus commune d’hypertension artérielle. Et cette valeur de pression artérielle systolique est un facteur de risque indépendant de maladie coronaire, d’accident vasculaire cérébral, d’insuffisance cardiaque et de maladie rénale. Les maladies cardiovasculaires restent le première cause de mortalité dans de nombreux pays développés comme en développement. Si depuis longtemps les études cliniques ont montré aux médecins qu’abaisser une pression artérielle élevée réduit ces risques, l’objectif à atteindre restait incertain; atteindre 140-150 mmHg, certainement, mais peut-être fallait-il l’abaisser encore? Le NIH américain lança donc l’étude SPRINT dont l’objectif était de comparer cette première certitude (atteindre 140 mmHg) avec une nouvelle hypothèse, abaisser la pression artérielle systolique à 120 mmHg.

Les résultats ont été présentés cette semaine au congrès de l’American Heart Association et publiés conjointement dans le NEJM. Parmi les 9361 patients suivis pendant plus de 3 ans, il y a eu 27% de décès en moins (155 contre 210) et 38% d’insuffisance cardiaque en moins (62 contre 100) chez les patients dont la pression artérielle systolique a été ramenée à 120 mmHg en comparaison à ceux ayant une pression artérielle ramenée à 140 mmHG, l’objectif que recherche à ce jour médecins généralistes et cardiologues qui traitent des patients souffrant d’hypertension artérielle. Et ce résultat était aussi important chez les plus jeunes que chez les plus âgés des patients traités, une notion importante quand certain estiment qu’il peut-être risqué de trop abaisser une pression artérielle chez les plus âgés. Les bénéfices de mortalités sont visibles dès la deuxième année de traitement. Des millions d’hypertendus en France devraient donc voir leur traitement renforcé si ces résultats sont mis en application, et des milliers d’accidents cardio-vasculaires évités.

Les patients de l’étude avaient plus de 50 ans, étaient donc hypertendus et avaient au moins un facteur de risque de maladie cardiovasculaire tel qu’une hypercholestérolémie, un tabagisme, ou une maladie rénale. Sinon, ils avaient simplement plus de 75 ans.

Pour atteindre l’objectif de 120 mmHg de pression artérielle systolique, les patients ont reçu en moyenne un antihypertenseur de plus seulement ; ils avaient en moyenne 2.8 antihypertenseurs (soit 3 comprimés en monothérapie) alors que ceux restant à 140 mmHg ont reçu en moyenne 1,8 antihypertenseurs (soit deux comprimés en monothérapie).

On attend donc maintenant le changement des recommandations officielles. Il existe dorénavant dans tous les pays des antihypertenseurs combinés qui permettent avec un seul comprimé de recevoir deux ou trois antihypertenseurs. Notons que de nombreux pays, dont la France, ont refusé de rembourser ces traitements associant trois antihypertenseurs dans un seul comprimé. Peut-être que ce refus devra être révisé car ce type de traitement antihypertenseur simplifie la prise et améliore la compliance des patients hypertendus. Et à ce jour, nombreux sont les patients hypertendus qui ne sont toujours pas à 140 mmHg du fait de traitements insuffisamment agressifs.

Les résultats de l’étude “Systolic Blood Pressure Intervention Trial (SPRINT)” ont été présentés à l’AHA de novembre 2015 par le Dr Paul K Whelton (Tulane University, New Orleans, LA) ; Voir les diapositives de sa présentation.

Voir aussi ce que l’étude SPRINT apporte comme compréhension supplémentaire What Else Will We Learn from SPRINT? (David Reboussin | Winston-Salem, NC)

Sources

A Randomized Trial of Intensive versus Standard Blood-Pressure Control. The SPRINT Research Group
New England Journal of Medicine November 9, 2015DOI: 10.1056/NEJMoa1511939

A SPRINT to the Finish
Jeffrey M. Drazen, M.D., Stephen Morrissey, Ph.D., Edward W. Campion, M.D., and John A. Jarcho, M.D.
NEJM November 9, 2015DOI: 10.1056/NEJMe1513991

Redefining Blood-Pressure Targets — SPRINT Starts the Marathon
Vlado Perkovic, M.B., B.S., Ph.D., and Anthony Rodgers, M.B., Ch.B., Ph.D.
NEJM November 9, 2015DOI: 10.1056/NEJMe1513301

Time to Reassess Blood-Pressure Goals
Aram V. Chobanian, M.D.
NEJM November 9, 2015DOI: 10.1056/NEJMp1513290

Crédit Photo Creative Commons by  Tunstall Telehealthcare

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