Le virus Zika, une nouvelle plaie mondiale?

In this Dec. 23, 2015 photo, 10-year-old Elison, left, watches as his mother Solange Ferreira bathes Jose Wesley in a bucket at their house in Poco Fundo, Pernambuco state, Brazil. Ferreira says Jose Wesley enjoys being in the water, she places him in the bucket several times a day to calm him. (AP Photo/Felipe Dana)

Les cas d’infections par le virus Zika, transmis par les moustiques Aedes Aegypti  qui touchent la Martinique et la Guyane sont en constante augmentation. Mi-janvier, 47 cas nouveaux en Martinique et 15 en Guyane étaient confirmés, dont un patient souffrant d’un syndrome de Guillain-Barré qui du être hospitalisé (il y en eu plus de 40 lors d’une précédente épidémie en 2013), mais surtout 610 cas dits « évocateurs » et marquant une pré-épidémie étaient enregistrés. En Guadeloupe et à Saint-Barthélemy, des cas sont également signalés. Le virus Zika, est jusqu’alors resté quelque peu ignoré car les symptômes immédiat de son infection restaient rares et bénins, avec 80% des infectés qui n’ont aucun symptôme et pour ceux qui en ont, une fièvre, un rash cutané, une rougeur oculaire avec parfois des douleurs articulaires.

Pourtant tout a changé il y a quelques mois. Lorsque l‘épidémie de virus Zika a débutée au Brésil, les médecins ont retrouvé une corrélation entre infection par le virus et des naissances de bébés microcéphales, c’est à dire sans développement du cerveau. Des altérations neurologiques à type de syndrome de Guillain barré, une atteinte des nerfs périphériques pouvant aboutir à une paralysie, avaient déjà été constatées en grand nombre lors d’une épidémie précédente sur un territoire ultramarin français. Le ministère de la santé Brésilien a déclaré l’état d’urgence sanitaire et recommandé aux femmes enceintes du pays de tout faire pour éviter les piqûres de moustiques et certains centres de gynécologie recommande même aux femmes de ne pas tomber enceinte en ce moment.

Alors que le Brésil voit naître 3 millions de bébés chaque année, 150 bébés microcéphales étaient habituellement détectés ; actuellement ce chiffre est passé à environ 3500 cas répertoriés depuis l’attaque de Zika.

Cette infection de Zika n’est pas concentrée au Brésil mais a diffusé largement, et atteint au moins 10 pays d’Amérique latine, toutes les caraïbes et récemment le virus a même atteint Hawai faisant une première victime de microcéphalie parmi la population américaine.

Le virus Zika est initialement originaire d’Ouganda, portant le nom de la forêt où il avait été identifié en 1947 chez des singes (comme le virus du sida, comme le virus ebola, etc…) et aurait longtemps circulé en Asie.

Il a ensuite été retrouvé dans des iles du pacifique sud en 2007 et est apparu au Brésil début 2015 probablement du fait de conditions climatiques exceptionnellement favorables causées par El Niño, associant des température particulièrement élevées avec une très forte humidité. Le virus zika est un flavivirus  et fait partie de la même famille de virus que le virus West Nile, celui de la fièvre jaune ou de la dengue (mais différent de celui du Chikungunya qui est un Alphavirus).

Actuellement, à quelques mois de l’ouverture des jeux olympiques, la mobilisation générale a donc débuté au Brésil pour détruire les habitats et lieu de reproduction des moustiques Aedes avec un déploiement de l’armée. La Colombie, elle aussi touchée, a relâché une variété de moustiques traités par une bactérie qui pourrait limiter leur capacité à transmettre la maladie. Le Mexique lancera prochainement des spots radio et télé afin d’expliquer les risques et les mesures à prendre pour éviter les transmission. Au Salvador,  3836 cas de contaminations ont été enregistrés et des campagnes de fumigations, destinées à détruire les moustiques, ont été lancées dans 47 municipalités. Dans les îles française, il semble que la menace épidémique de virus Zika ne soit pas prises plus sérieusement que d’habitude. Le ministère de la santé n’a pas délivré d’information recommandant aux femmes enceinte d’éviter de voyager dans ces îles.

Cela contraste fortement avec la recommandation américaine du Center for Disease Control publiée vendredi dernier, qui demande aux femmes enceintes Américaines d’éviter de voyager dans plus de 10 pays d’Amérique du sud, au Mexique, à Puerto Rico, en Amérique centrale et dans les Caraïbes du fait de risque de microcéphalie pour les bébés. Dans quelques mois, débuteront les jeux olympique à Rio, dans une zone anciennement marécageuses et toujours très largement infestée de moustiques. En 2015, le Brésil avait enregistré 1,6 millions de contaminations confirmées et 863 décès causés par la dengue, un virus transmis également par les moustiques Aedes.

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Pays de transmission confirmés du virus Zika (CDC Atlanta January 2016)

Le Dr. Isaac I. Bogoch, de l’université de Toronto  spécialiste des maladies infectieuses tropicales et son équipe ont modélisé la diffusion régionale du virus en Amérique du sud, Amérique centrale et du Nord (Final destinations of travellers departing Brazil by potential for autochthonous Zika transmission ; carte ci-dessous, meilleure qualité ci-joint).  Selon ses travaux publiés la semaine dernière dans la revue médicale The Lancet, 60% de la population nord Américaine est à risque de contamination. Il redoute que les jeux de Rio servent de catalyseur à la diffusion mondiale du virus, certains spécialistes se demandent si déjà la coupe du Monde de football au Brésil en 2014 n’a pas joué ce role.

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Et en France? Aedes aegypti et Aedes albopictus transmettent également les 4 différents virus de la dengue et le virus Chikungunia. Ce moustique a conquis 20 départements en France  métropolitaine au cours de ces dernières années, laissant planer le risque d’une arrivée de Zika prochaine sur le territoire métropolitain, du fait des échanges humains important entre métropole et territoires ultramarins. De nombreuses personnes venues de martinique, de Guadeloupe, de Guyane ou d’Amérique latine entreront sur le territoire porteurs du virus qui persiste dans le sang plus de 5 jours et seront à nouveau piqués localement transmettant le virus aux moustiques chez lesquels la transmission est ensuite assurée aux prochaines génération. Du fait de l’extension géographique actuelle des moustiques Aedes, nous risquons donc de voir apparaitre plus de microcéphalies dans les années qui viennent en France. Un rapport du Haut Conseil de la santé publique émis le 10 août 2015, confirmait ce risque de propagation du virus zika en métropole. Le ministère de la santé n’a pour l’instant pris aucune mesure particulière.

Retrouvez ici les documents mis en ligne par le CDC d’Atlanta pour informer sur les risques du virus zika (en anglais et en espagnol)

Sources

Anticipating the international spread of Zika virus from Brazil
Isaac I Bogoch & al
Published Online: 14 January 2016

Prise en charge médicale des personnes atteintes par le virus Zika, stratégie de surveillance épidémiologique, stratégie de diagnostic
Haut conseil de la santé publique. Aout 2015

Short Answers to Hard Questions About Zika Virus
Donald G. McNiel. Jr
New York Times

Zika Warning Spotlights Latin America’s Fight Against Mosquito-Borne Diseases
Simon Romero
New York Times, JAN, 17, 2015

Hawaii Baby With Brain Damage Is First U.S. Case Tied to Zika Virus
Donald G. McNiel. Jr
New York Times, JAN. 16, 2016

Zika Virus, a Mosquito-Borne Infection, May Threaten Brazil’s Newborns
Donald G. McNiel. Jr
New York Times, DEC. 28, 2015

To Protect Against Zika Virus, Pregnant Women Are Warned About Latin American Trips

Crédit Photo ;  In this Dec. 23, 2015 photo, 10-year-old Elison, left, watches as his mother Solange Ferreira bathes Jose Wesley in a bucket at their house in Poco Fundo, Pernambuco state, Brazil. Ferreira says Jose Wesley enjoys being in the water, she places him in the bucket several times a day to calm him. (AP Photo/Felipe Dana)

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