Après Ebola, Zika provoque « une urgence de santé publique de portée mondiale » dit l’OMS

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l’OMS avait sous-estimé l’emergence en Afrique de l’Ouest des conséquences du virus Ebola en 2014; elle a presque répété le même scénario d’aveuglement avec le virus Zika. L’épidémie débutée au Brésil en mars 2015, il y a presque un an, devient donc en début d’année 2016 une « urgence de santé publique de portée mondiale », alors que des milliers de bébés sont déjà nés avec une microcéphalie et que des millions d’adultes et d’enfants ont été contaminés. L’épidémie est désormais reconnue comme explosive et risque de s’étendre au reste du monde avec comme facteur de diffusion les JO de Rio qui se tiendront dans quelques mois au Brésil et d’où des milliers de participants et de spectateurs repartiront chez eux porteurs du virus.

Le virus Zika est un arbovirus transmis par la piqure des moustiques femelles du genre Aedes Aegypti, déjà vecteurs reconnus des virus de la dengue et du chikungunya (flavorirus). Il pourrait même ensuite se transmettre entre êtres humains par voie sexuelle. Vingt et un pays d’Amérique latines ont reconnu des infections au virus zika ainsi que toutes les caraïbes. Cinq cas ont été diagnostiqués en France métropolitaine chez des touristes de retour de voyage.

Si l’on estime encore que l’infection passe inaperçue chez 80 % des personnes contaminées, les autres présentent des symptômes de type grippal avec fièvre, maux de tête, courbatures et douleurs articulaires et éruptions cutanées. Mais les conséquences peuvent parfois être dramatiques, en particulier chez la femme enceinte, provoquant une microcéphalie foetale si l’infection à lieux à un stade précoce de la grossesse. Plus de 4000 enfants seraient nés au Brésil avec cette anomalie non régressive et invalidante, 30 fois plus qu’avant le début de l’épidémie, à tel point que les autorités Salvadoriennes ont recommandé aux femmes de ne pas concevoir pour le moment, et que les autorités Américaines et Françaises, pour ne citer qu’elles, ont recommandé aux femmes enceintes de ne pas voyager dans les pays touchés par le virus. L’autre pathologie, le syndrome de Guillain-Barré, une paralysie progressive et irreversible, peut apparaitre indistinctement chez des adultes et des enfants contaminés.

Etant donné la présence du moustique vecteur dans de nombreux pays, il est envisageable que la pathologie ait rapidement une diffusion mondiale. Le virus zika a d’ailleurs déjà été identifié au Royaume-Uni, en Italie, aux Pays-Bas, au Portugal, en Suisse et au Danemark.

Les autorités de tous les pays, et les organismes de prévention sanitaire, sont passés littéralement à cotés des infections à virus zika et de leurs conséquences. Le virus est en fait connu depuis plus de 65 ans. Il fut identifié dans la forêt qui lui donna son nom, Zika, en 1947, en Ouganda, chez des singes rhésus. Le virus est donc sorti de la forêt, comme celui du sida puis d’ebola, du fait des activités humaines. Dans les années qui suivirent, il a été retrouvé sporadiquement plusieurs fois chez l’homme, en Afrique. Mais en 2007, il réalise sa première épidémie en Micronésie chez les habitants de l’ile de Yap, contaminant 77% de la population et reste jugé sans réel danger pour l’homme. Pourtant, en 2013, il touche la Polynésie française, et fait 55 000 malades, dont environ une cinquantaines de cas de Guillain-Barré, sans provoquer plus d’intérêt au sein des autorités sanitaires françaises. C’est en mars 2015, au Brésil qu’il se révèle enfin au Monde. Mais là encore les autorités sanitaires passent à coté. C’était sans compter la vigilance de deux médecins neuropédiatres Brésiliens, proches de leurs patients qui, en octobre 2015 alertent les autorités de santé de l’état de Pernambuco sur ce qu’ils pensent être le coupable de l’afflux soudain de cas de microcéphalie (une absence du développement cérébral habituellement causé par un alcoolique chronique ou des anomalies génétiques plutôt rares), le virus zika.

A ce jour, les autorités Brésiliennes estiment que le virus à causé 4180 cas de microcéphalie et provoqué la mort de 70 bébés. L’estimation des autorités est qu’à ce rythme, 50 000 à 100 000 bébés seront victimes de microcéphalie au Brésil d’ici 4 ans. Pour l’instant aucun autre pays n’a rapporté de cas de microcéphalie. Dans le même temps, la dengue, toujours incontrôlée et pour laquelle un vaccin pourrait être rapidement disponible, a infecté 1,6 millions de personnes au Brésil en une seule année.

Les JO de Rio se tiennent dans quelques mois. Une réponse internationale efficace contre le vecteur reste attendu, tant dans les pays d’Amérique Latine que dans les territoires d’Outre-mer, en particulier en Guyane et en Martinique.

Sources

The Brazilian Doctors Who Sounded the Alarm on Zika and Microcephaly
Reed Johnson, Rogerio Jelmayer
The Wall Street Journal, le 01 février 2016

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