Zika, le virus qui aimait les neurones

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La forte mobilisation scientifique entourant le virus Zika permet de faire rapidement avancer notre connaissance de ses effets chez l’homme. Si ce que l’on apprend n’est pas rassurant, cela nous aidera cependant à mieux anticiper nos moyens de lutte, une anticipation qui a déjà lourdement manqué quand on sait que nombre d’effets secondaires du virus avaient déjà été identifiés lors de l’épidémie survenue en polynésie Francaise en 2013-14. 

Sur le front de l’épidémie, les nouvelles ne sont pas bonnes. Les résultats préliminaire d’une étude Brésilienne publiée le 4 mars 2016 dans le New England Journal of Medicine démontre que le taux d’infection par Zika est important chez les femmes enceintes est qu’il peut avoir des conséquences quelque soit le stade de la grossesse. L’étude a suivi 88 femmes entre septembre 2015 et Février 2016. 82% étaient positives au virus Zika dont l’infection s’est échelonnée de la 5e à la 38e semaine de grossesse. Chez les femmes contaminées par Zika et ayant bénéficié d’une échographie, une anomalie du foetus était retrouvé dans 29% des cas. Ces anomalies étaient diverses ; réduction de la taille foetale avec ou sans microcéphalie, calcifications cérébrales, lésions du système nerveux central, reduction du liquide amniotique (une césarienne d’urgence a été indiqué chez une patiente du fait de cette réduction), anomalies du flux sanguin de l’artère amniotique montrant que le placenta souffre également de l’infection. Deux décès in utero survenus au cours du troisième trimestre de la grossesse furent détectés par l’échographie. Les symptômes ressentis par les femmes lors de l’infection étaient bénins et sans commune mesure avec les conséquences cliniques chez leur enfant. Six enfants sont nés avant la publication de l’étude ; un est microcéphale, un a des lésions oculaires (cf article Docbuzz), deux sont de petite taille et deux semblent à ce jour sans lésion. Le grand enseignement de cette étude est que l’infection virale peut-être grave quelque soit le stade de la grossesse.

Il est frappant de voir qu’une étude débutée en septembre 2015, soit il y a 6 mois soit déjà publiée dans le NEJM. Cette célérité est nécessaire à la diffusion des informations sur les conséquences du virus et la nécessité de s’en protéger. Encore faut-il que les autorités sanitaires s’informent de ces publications. En février 2014, suivant l’épidémie survenue en Polynésie Francaise et en Nouvelle-Calédonie, les conséquences neurologiques et auto-immunes de l’infection par le virus Zika avaient déjà été identifiés. Ces données avaient été publiées assorties de mise en garde aux Autorités sanitaires «Les complications neurologiques et auto-immunes potentielles peuvent nécessiter des capacité de soin spécifiques et un traitement en réanimation (…) ». Le risque de contamination des lots de sang prélevés chez des donneurs infectés était également déjà pointé du doigt. Evidemment aucune mesure ne fut prise par le ministère de la santé français à cette époque. Le risque de transmission sexuelle du virus Zika était également déjà identifié au cours de cette première épidémie et publié dès février 2015.

Les analyses poursuivies sur cette épidémie de 2013 confirment le lien entre infection par Zika et survenue d’un syndrome de Guillain Barré. L’étude a été tardivement publiée dans la revue anglaise The lancet. Le premier auteur, Van-Mai Cao-Lormeau, appartient à l’unité des maladies infectieuses émergentes de l’institut Louis Alarmé à Papeete.

En Polynésie Française, en 2013, plus de 30 000 personnes ont été infectés par Zika, et 42 personnes présentant un syndrome de Guillain Barré ont été hospitalisés.  Le risque estimé est donc de 0.24 cas pour 1000 infections par Zika. L’étude confirme que les patients hospitalisés pour un syndrome de Guillain barré avaient bien été, dans les 6 jours précédents, infectés par le virus Zika, le plus souvent des hommes. Les trois quart présentaient une faiblesse musculaire généralisée et 44% une incapacité totale de la marche. 30% ont eu un syndrome sévère avec paralysie respiratoire ayant nécessité une assistance respiratoire externe en réanimation. Si aucun patient n’est décédé, seul 57% étaient capable de marcher seul 3 mois après leur hopsitalisation. Si d’autres virus comme le West Nile, la dengue ou le chikungunia peuvent provoquer un tel syndrome, sa survenue reste très rare.

Le tropisme neurologique du virus ne fait plus aujourd’hui plus guère de doute. Plusieurs études ont récemment montré comment le virus altérait les cellules neurologiques et particulièrement empêchait une croissance normale des cellules nerveuses à l’origine de la fabrication du cerveau humain. Le virus s’y développe bien mieux que dans d’autres cellules, mobilisant les ressources cellulaires pour assurer sa propre multiplication. Les conséquences sont une croissance altérées des groupes cellulaires qui devraient au final constituer un cerveau ainsi que l’a montré une équipe Brésilienne.

Le NEJM a également publié des analyses post mortem mené sur le cerveau d’un foetus microcéphale où la présence du virus Zika a été formellement identifié. La maman était une humanitaire slovène travaillant à Natal, la ville principale de l’état du Rio Grande do Norte, celui ou l’épidémie de Zika fait rage. La même identification du virus Zika dans ce cerveau de foetus décédés a été faite par des chercheurs américain et brésiliens, qui ont également retrouvé le virus dans le placenta.

Mieux sont cernées les conséquences d’une infection virale par le virus Zika, plus il apparait urgent de mettre en place une capacité de lutte thérapeutique, en particulier protégeant les femmes enceintes. Cela pourrait être une mission confiée à la recherche publique mais il semble que seul quelques société privée soient capables de relever ce défi international. 

Sources

Zika Virus Infection in Pregnant Women in Rio de Janeiro — Preliminary Report 
Patrícia Brasil & al
NEJM, 4 mars 2016

Guillain-Barré Syndrome outbreak associated with Zika virus infection in French Polynesia: a case-control study
Van-Mai Cao-Lormeau*, Alexandre Blake*, Sandrine Mons, Stéphane Lastère, Claudine Roche, Jessica Vanhomwegen, Timothée Dub, Laure Baudouin, Anita Teissier, Philippe Larre, Anne-Laure Vial, Christophe Decam, Valérie Choumet, Susan K Halstead, Hugh J Willison, Lucile Musset, Jean-Claude Manuguerra, Philippe Despres, Emmanuel Fournier, Henri-Pierre Mallet, Didier Musso, Arnaud Fontanet*, Jean Neil*, Frédéric Ghawché*
The Lancet, Published Online February 29, 2016

Zika Virus Associated with Microcephaly
Jernej Mlakar, M.D., Misa Korva, Ph.D., Nataša Tul, M.D., Ph.D., Mara Popović, M.D., Ph.D., Mateja Poljšak-Prijatelj, Ph.D., Jerica Mraz, M.Sc., Marko Kolenc, M.Sc., Katarina Resman Rus, M.Sc., Tina Vesnaver Vipotnik, M.D., Vesna Fabjan Vodušek, M.D., Alenka Vizjak, Ph.D., Jože Pižem, M.D., Ph.D., Miroslav Petrovec, M.D., Ph.D., and Tatjana Avšič Županc, Ph.D.
February 10, 2016DOI: 10.1056/NEJMoa1600651

Potential Sexual Transmission of Zika Virus
Didier Musso, Claudine Roche, Emilie Robin, Tuxuan Nhan, Anita Teissier, Van-Mai Cao-Lormeau
Emerging Infectious Diseases • www.cdc.gov/eid • Vol. 21, No. 2, February 2015

Zika Virus Infects Human Cortical Neural Progenitors and Attenuates Their Growth
Hengli Tang & al
Cell Stem Cell DOI: http://dx.doi.org/10.1016/j.stem.2016.02.016

Zika virus impairs growth in human neurospheres and brain organoids
Patricia P Garcez1,2Erick C Loiola2Rodrigo F Madeiro da Costa2Luiza Higa3Pablo Trindade2Rodrigo Delvecchio3Juliana M Nascimento2,4Rodrigo M Brindeiro3Almicar Tanuri3Stevens K Rehen
PeerJ Preprints” 2016

Crédit Photo :

Zika Virus Associated with Microcephaly : Coupe de cerveau foetal infecté par Zika montrant des calcifications et des anomalies de formation cérébrales multiples.

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