Fukushima : explosion de cancers chez les enfants?

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Beaucoup de journaux rappellent qu’aujourd’hui est le 5e anniversaire de l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima ; Pourtant aucun n’évoque le suivi sanitaire des populations et en particulier des enfants chez lesquels un risque décuplé de cancers de la thyroïde aurait été retrouvé.

C’était effectivement il y a 5 ans. Le coeur nucléaire de la centrale nucléaire de Fukushima, contrôlée par le groupe japonais Daïchi, sous les assauts conjoint d’un tremblement de terre et d’un tsunami, entrait en fusion. Au delà des détresses humaines d’une l’évacuation forcée, des traumatismes émotionnels, ou des pertes d’emploi, cet accident nucléaire, où comme lors de celui de Tchernobyl, l’ irradiation des populations est à même de causer une forte augmentation du nombre de cancers, surtout chez les plus vulnérables, les enfants.

Il y a quelques années, la préfecture de Fukushima avait donc décidé de lancer une campagne de dépistage des pathologies thyroïdiennes. Les radiations émises par les produits nucléaires touchent avec une grande prédilection cette glande situées au niveau du cou. L’effort de dépistage mis en place n’avait jamais été aussi important. Aussi, lorsque les premiers résultats montrèrent que des anomalies thyroïdiennes étaient retrouvées chez un enfant sur deux et que plus de cents avaient déjà un cancer thyroïdien, l’inquiétude se généralisa. Grand nombre de ces anomalies sont apparues après l’accident laissant à penser que les enfants ont reçu de très fortes doses de radiations soit par inhalation soit par ingestion de iodine. Mais ces constats alarmistes utilisés par les opposants au nucléaire sont évidemment attaqués. Pour Dillwyn williams, un spécialiste des cancers thyroïdiens à l’université de Cambridge, ces cancers ne sont pas liés à des irradiations. Il n’y avait pas auparavant de dépistage. Donc l’augmentation du nombre de cancers s’expliquerait uniquement par ce dépistage accru. Ce qui ne répond pas à la question de savoir pourquoi autant d’anomalies thyroïdiennes sont retrouvées chez les enfants de Fukushima?

Pourtant ces résultats de Fukushima sont bien en ligne avec ceux provoqués par l’accident de Tchernobyl en avril 1986. Les enfants qui avaient bu le lait contaminés de vaches nourries dans des champs chargés de radioactivité avaient accumulé de la iodine radioactive dans leur thyroïde. En 2006, l’OMS reconnaissait que l’accident avait causé déjà 5000 cancers chez des moins de 18 ans, et qu’avec le temps de plus en plus de cancers allaient apparaitre.

Cela explique la détermination de la prefecture de Fukushima à mener un important dépistage : 368 651 personnes, mineures au moment de l’accident ont subi ce dépistage qui débuta en 2011.

les premiers résultats, rendus public en aout 2015 démontrent que 50% des 300 476 mineurs souffrent d’une anomalie thyroïdienne, un nodule solide ou un kyste liquidien, dans leur thyroïde.

Et alors que le nombre de cancers déclarés grandissait, l’inquiétude d’un lien direct entre les irradiation subies et la survenue de ces cancers se faisait de plus en plus forte. Dès 2013, un épidémiologiste Japonais, Toshihide Tsuda, dénonçait lors de congrès internationaux l’augmentation des cancers. En octobre 2015, il publia les résultats de ses travaux dans la revue américaine Epidemiology montrant que l’incidence des cancers atteignait 605 par million, soit une multiplication par 30 du nombre de cancers chez les enfants. Ce résultat était loin d’être anticipé car l’irradiation des habitants avait été jugé moindre qu’à Tchernobyl et «contrôlée» par les autorités. En effet, dès le lendemain de l’accident nucléaire, les autorités japonaises évacuaient 150 000 habitants situés dans un périmètre de 20 kms, des comprimés de iodine étaient distribués rapidement aux populations, et une attention particulière avait porté sur le risque de contamination de la nourriture. Aussi l’OMS, se voulant rassurante, avait estimé en 2013 que l’exposition des habitants aux irradiations avait été au cours la première année seulement de 12 à 25 millisieverts (mSv), pas de quoi paniquer, ni déclencher un cancer. D’autres scientifiques, sous l’impulsion de l’OMS, cherchaient encore à rassurer en attaquant les données de Toshihide Tsuda arguant de l’impossibilité de comparer le nombre retrouvé de cancers grâce à une détection optimale par ultrason avec celui connu comme une donnée basique de population générale de 3 cancers par millions de personnes. Une équipe Japonaise publia en 2014 le taux de cancers évalué dans trois régions japonaises dont deux épargnées par le sinistre en examinant 4400 enfants. Ils ne retrouvèrent aucune différence entre les 3 groupes en terme d’incidences d’anomalies thyroïdiennes. Mais pour Toshihide Tsuda, sa démonstration est valide car il a tenu compte du facteur temps qui existe entre le moment où un un cancer thyroïdien est détecté par les ultrasons d’une échographie et le moment où un cancer devient cliniquement détectable.

La préfecture Japonaise accentue par ailleurs son déni de risque ; Pour Seiji Yasumura, son vice directeur à la santé, il est sain d’ignorer les anomalies thyroïdiennes. Retirer la glande thyroïde dès qu’une anomalie est retrouvée est classique et nécessite de prendre des hormones thyroïdiennes pendant toute sa vie alors qu’il semble que, ne rien faire et juste surveiller si cette anomalie se transforme en cancer pourrait être suffisant. Une étude Coréenne publiée en 2014 montra les effet d’un dépistage débuté en 1999. Le gouvernement offrait la possibilité d’un dépistage  d’anomalies thyroïdiennes par ultrasons. En 2011, le taux de cancers détecté était 15 fois supérieur à ce qu’il était en 1999 sans pour autant que la mortalité ne soit différente. (Heyong Sik Ahn NEJM). Mais il est vrai que la mortalité par cancer de la thyroïde est aujourd’hui pratiquement nulle car extraire la glande suffit à soigner la très grande majorité des patients.

Si les anomalies thyroïdiennes sont effectivement plus communes qu’initialement estimées, l’augmentation du nombre de cancers détectés par Toshihide Tsuda ne peut être ignoré et les arguments de ses détracteurs ne doivent pas empêcher de continuer à surveiller ces populations irradiées par l’accident d’une centrale nucléaire dont l’augmentation du risque de souffrir un jour d’un cancer ne concerne malheureusement pas que le risque thyroïdien. L’accident de Tchernobyl en a témoigné. Les centrales nucléaires sont définitivement à haut risque. C’est aussi ce que pensent nombre de détracteurs de la centrale de Fessenheim. La ville Suisse de Genève réclame sa fermeture car évidemment les radiations accidentelles ne connaissent pas de frontières et nous avons deux preuves flagrantes de l’incapacité de l’homme a contrôler sa création.


Sources

Mystery cancers are cropping up in children in aftermath of Fukushima
Dennis Normale
Science Mag Mar. 4, 2016 , 10:45 AM

Thyroid Cancer Detection by Ultrasound Among Residents Ages 18 Years and Younger in Fukushima, Japan: 2011 to 2014.
Tsuda T1, Tokinobu A, Yamamoto E, Suzuki E.
Epidemiology. 2015 Oct 5. [Epub ahead of print]

SCREENING EFFECT? EXAMINING THYROID CANCERS FOUND IN FUKUSHIMA CHILDREN

Quantification of the increase in thyroid cancer prevalence in Fukushima after the nuclear disaster in 2011—a potential overdiagnosis?
Kota Katanoda, Ken-Ichi Kamo, Shoichiro Tsugane
Jpn. J. Clin. Oncol. (2016) doi: 10.1093/jjco/hyv191

 

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