Que nous enseigne l’affaire du générique chinois du Valsartan?

Deux nouveaux scandales touchent la production chinoise de médicaments. La firme Zhejiang Huahai Pharmaceuticals fait face au retrait mondial d’un générique du valsartan lié à la présence d’une impureté jugée cancérigène probable pour l’homme, une contamination qui durerait depuis des années. Dans le même temps, il est révélé par une enquête des autorités Chinoises que des centaines de milliers d’enfants chinois ont recus des vaccins non conformes contre la dyphtérie, le tétanos et la coqueluche. Un article du New York Times publié le 23 juillet 2018, témoigne de la défiance de la population Chinoise vis-à-vis des productions locales de produits pharmaceutiques, poussant de plus en plus de Chinois à se tourner vers des médicaments étrangers. Un comble alors que de nombreux gouvernements dans le monde, parmi lesquelles les autorités francaises, se reposent majoritairement sur des produits Chinois (et Indiens) pour fournir leur population en médicaments génériques. Cette double affaire, loin de constituer un précédent, doit éclairer les patients sur la décision des gouvernements de favoriser des génériques à bas coût pour traiter leur population, sans mettre en place, comme le montre cette affaire, les contrôles sanitaires nécessaires. 

Le 05 juillet 2018, l’European Medicines Agency (EMA) annonce le retrait Européen du générique d’un médicament antihypertenseur très utilisé, le valsartan, et de son association fixe le valsartan/hydrochlorothiazide, médicaments génériques utilisés dans le traitement de l’insuffisance cardiaque, de l’hypertension artérielle et du postinfarctus récent. Ces médicaments génériques ont été produit par la société Chinoise Zhejiang Huahai Pharmaceuticals. Le 18 juillet 2018, la FDA Américaine annonce également le retrait des génériques contenant du valsartan aux Etats-Unis. De nombreux autres pays suivent le mouvement, en Amérique Centrale, en Amérique Latine, en Inde et en Russie.

En France, l’ANSM informe les prescripteurs, les pharmaciens et les patients de ce retrait le 07 juillet 2018. il concerne, en France uniquement, un total de 9 laboratoires différents ayant tous acheté et reconditionné le Valsartan de la firme Zhejiang Huahai Pharmaceuticals dans 50 spécialités différentes. En Espagne, ce sont 12 laboratoires qui sont concernés, dont beaucoup exportent leurs produits ensuite en Amérique Centrale et en Amérique Latine impactant également les patients de ces pays. 

Ainsi, à partir d’un produit potentiellement dangereux mis en vente par une seule firme Chinoise, c’est la population des dizaines de pays qui est impactée.

Cette alerte devenue mondiale est liée à la présence dans le générique du Valsartan de NDMA,  le N-nitrosodimethylamine, une substance classifiée comme cancérigène humain probable, « capable de causer des cancers chez l’homme en cas d’usage prolongé » (NDMA a probable human carcinogen). Si dans ses communiqués, l’ANSM francaise évite de discuter du risque potentiel pour les patients soumis à cette impureté et ne dit rien quand à la durée d’exposition (pour éviter que cela ne renforce les doutes de la population vis-à-vis de la qualité des génériques?), il est, selon l’Agence Européenne trop tôt pour évaluer l’impact humain de cette contamination. La FDA américaine en revanche est beaucoup plus précise sur les risques. Elle confirme que des études animales ont montré l’augmentation du risque de survenue de cancers, ce qui a fait classer le NDMA comme cancérigène probable chez l’homme. Il est notamment estimé qu’au cours d’une vie humaine, l’absorption quotidienne de 96 nanogrammes de NDMA provoquera un cancer additionnel au sein d’une population de 100 000 patients. La FDA précise que la quatité de NDMA présente dans les lots retirés de valsartan excède la quatité de 96 nanogrammes et extime que 8000 patients américains au moins ayant consommé les plus fortes doses de valsartan sont exposés à un risque accru de cancer du fait de leur intoxication par le NDMA. Combien sont-ils en France sachant qu’environ 1.3 million de patients étaient traités par un générique du valsartan? L’ANSM est-elle en train d’identifier ces patients à risque? Combien sont-ils dans le Monde entier?

Cette évaluation est absolument nécessaire car des milliers de patients pourraient avoir été exposés à la substance cancérigène probable depuis des années, le traitement devant être pris à vie. Notons que ce n’est pas un contrôle de l’EMA, de la FDA ou de l’ANSM qui a détécté le défaut de qualité mais un contrôle de l’usine Chinoise elle-même. En fait, en 2012, le producteur Chinois Zhejiang Huahai Pharmaceuticals modifiait le processus de synthèse du valsartan. C’est ce changement de production chimique qui serait responsable de l’appartition de NDMA. Les agences étaient-elles informées de ce changement? Pourquoi aucun contrôle n’a t-il été mené depuis? Nous sommes en 2018. 

Le 06 juillet, l’EMA lancait enfin une enquête visant à comprendre ce nouveau processus de synthèse et les conséquences humaines du défaut récemment identifié.

Les enseignements de cette affaire sont multiples :

  • les génériques de médicaments provenant de Chine sont parfois à risque,
  • Aucun controle de qualité sur les médicaments génériques importés n’est realisé, la contamination du valsartan pendant des années en est une preuve tangible,
  • Un génériqueur peut librement décider de modifier la chaine de synthèse chimique d’un médicament sans générer aucun controle de qualité secondaire par les agences nationales ou supranationales, 
  • Ces informations contredisent nombre de tentative de réssurance des populations quant-à la qualité des génériques par les autorités sanitaires.

Depuis l’arrivée des génériques, plusieurs études ont confirmé la défiance des francais vis-à-vis de ces copies à bas coût. Sur son site internet, l’ANSM explique que la qualité d’un médicament générique est exposé dans son dossier pharmaceutique qui doit justifier de son origine, des spécifications des matières premières et des excipients, de la caractérisation des impuretés de synthèse (ce qu’est, dans le cas du générique du valsartan, le NDMA) et de dégradation, des méthodes de fabrication et de contrôle du produit fini. Force est de constater que le NDMA a été présent dans le générique du valsartan de la société Zhejiang Huchai Pharmaceuticals pendant 4 années au moins, sans que la qualité du produit ne soit jamais controllée par l’ANSM.

Pour 25 % des Français, les génériques ne sont ni aussi sûrs ni aussi efficaces que les médicaments originaux. Cette affaire Valsartan comme toutes les affaires touchant l’industrie pharmaceutique Chinoise ne tendraient-elles pas à leur donner raison?

Sources

China vaccine scandal: investigations begin into faulty rabies and DTaP shots
BMJ 2018;362:k3244  (Published 25 July 2018)

In China, Vaccine Scandal Infuriates Parents and Tests Government
Javier C. Hernández, NYT, 23 july 2018

Valsartan recall in China, global markets 
Global Times Published: 2018/7/29 20:43:39

FDA updates recalled valsartan-containing product information
Update [07/27/2017]

FDA updates on valsartan recalls

Update on review of valsartan medicines following detection of impurity in active substance
European Medicines Agency 17/07/2018

Rappel de certains médicaments à base de valsartan : l’ANSM met à disposition des patients un numéro vert et un document d’information – Point d’information
ANSM 24/07/2018

Common heart drug recalled in 22 countries for possible cancer link

Updated 2359 GMT (0759 HKT) July 6, 2018

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *