Pénicilline, vaccin antirabique, chloroquine, une méthodologie identique…

Le 6 juillet 1885, un enfant de 14 ans, berger Alsacien est amené à Louis Pasteur après avoir été mordu par un chien supposé enragé. La rage est une maladie mortelle, en un mois et dans d’atroces souffrances. Louis Pasteur connait bien le virus de la rage sur lequel il travaille depuis 6 années. Joseph Meister ne présente pour l’instant aucun symptôme mais après quelques hésitations, Louis Pasteur le traite avec 13 doses successives de vaccin atténué. Il ne développera pas la maladie. Un second berger, Jean-Baptiste Jupille, également mordu par un chien enragé est ensuite traité, également avec succès. Le 26 octobre de la même années, Louis Pasteur présente les résultats prometteurs de son expérimentation devant une Académie des Sciences enthousiaste. La nouvelle se répand vite, il existe un remède contre la rage, les malades viennent de toute l’Europe pour se traiter.

En 1928, Alexander Fleming rentre de vacances et revient dans son laboratoire du Saint Mary Hospital à Londres. Il découvre que ses cultures de staphylocoques en boites de pétri ont été contaminées par une moisissure blanc verdâtre, un champignon, le Penicillium notatum, avec lequel travaillait son voisin de paillasse. II nota, dans les boites de pétri, des zones circulaires sur lesquelles, les staphylocoques ne s’étaient pas développés. Il en déduit que ces champignons sécrétaient une substance anti-bactérienne qu’il nomma Pénicilline et publia cette découverte dans la revue British Journal of Experimental Pathology. La première évaluation clinique de la pénicilline est racontée dans un article du British Medical Journal. Nous sommes en 1941. Le monde est en guerre, en vrai guerre. Charles Fletcher qui travaillait depuis peu avec le Pr Howard Florey identifie un patient pour réaliser le premier test thérapeutique de la pénicilline. Il s’agit d’un agent de police âgé de 43 ans, présentant une septicémie combinée à staphylocoques et streptocoques, avec des abcès multiples de la face et des orbites, ainsi que des atteintes osseuses et pulmonaires. Le 12 février 1941 est débuté un traitement à la pénicilline. A ce moment, la culture de la pénicilline était complexe, aussi les urines du patient étaient collectées afin d’en extraire la pénicilline pour l’injecter à nouveau. Cinq jour plus tard, le patient n’avait plus de fièvre, ses abcès s’étaient réduits, il recommençait à s’alimenter. Malheureusement le stock de pénicilline était épuisé avant que le patient ne puisse obtenir une guérison totale. Les scientifiques recommencèrent après avoir reconstitué un stock de pénicilline. Le troisième patient avait un furoncle historique de 10 centimètres de diamètre. L’effet de la pénicilline fut foudroyant, réalisant ce qu’aucun médecin n’avait vu avant, une disparition complète et rapide du furoncle. L’équipe traita quelques autres patients mais « les preuves étaient en tout cas suffisantes pour que Florey et Heartley soient envoyés aux Etats-Unis pour débuter la production de masse de la pénicilline, suffisante pour sauver les alliés des septicémies et des gangrènes gazeuses dans les deux dernières années de la seconde guerre mondiale ».

Depuis novembre 2019, un coronavirus, plus tard baptisé covid-19, a débuté sa lente migration mondiale à partir de son lieu de naissance, un marché de la ville de Wuhan dans la province du Hubei en Chine. Le nombre de victimes augmente vite. La Chine se calfeutre mais le virus à depuis longtemps franchi les frontières grâce aux milliers de porteurs qui vont le disséminer à travers le globe. Il semble ne pas avoir de remède efficace. Pourtant le Pr Didier Raoult, infectiologue français, sait que plusieurs études in vitro ont déjà montré que la chloroquine, un médicament antipalludéen possédant une action antivirale (lire article Docbuzz), semble pouvoir le bloquer. Il obtient les autorisations nécessaires à la mise en place d’une étude le 5 mars 2020. Il traite 24 patients positifs au coronavirus covid-19 avec de l’hydroxychloroquine, ajoutant chez ceux qui présentent en plus une pneumopathie, un antibiotique ayant lui aussi des propriétés antivirales, l’azythromycine. Un groupe comparateur reçoit des soins spécifiques. L’étude est publiée le 17 mars 2020 et tend à montrer que l’hydroxychloroquine et l’azythromycine réussissent à négativer la charge virale (lire article Docbuzz), donc à éliminer le virus, en 3 à 6 jours. Son service débute ce traitement chez les malades positifs se présentant. L’annonce de ce traitement fait le tour du monde, plusieurs pays décident de l’utiliser, la FDA Américaine lui accorde un autorisation de mise sur le marché compationelle en 48 heures. Pourtant en France, l’étude est critiquée, sa communication également. Faut-il attendre face aux victimes? Certain réclament une étude avec plus de patients, une meilleure méthodologie.

Sauf qu’en maladie infectieuse, le couperet tombe vite; il y a ou non un effet. La guérison des patients sous pénicilline se voyaient pour la première fois en quelques jours, la survie à la contamination par le virus de la rage également. Les patients atteints par le coronavirus et traités par hyddroxychloroquine auraient négativé leur charge virale tout seuls?

De plus l’hydroxychloroquine est prescrite depuis des décennies, à des gens sains, sans aucune pathologie, qui se rendent en zone impaludée. Quels sont les risques face à ceux du coronavirus?

La polémique se poursuit. Le médicament est cependant autorisé par le ministre de la santé, mais seulement aux malades hospitalisés, une erreur. Car chez eux, le virus a déjà causé de gros dégâts en particulier pulmonaires…sinon ils ne seraient pas hospitalisés. Ainsi la réalisation d‘une étude chez de tels malades pourraient montrer, s’ils survivent assez longtemps, une négativation de la charge virale, mais rien ne garantie la survie avec un traitement tardif. Ils trépasseraient guéris de leur virus. Le traitement élimine le virus, il doit donc être prescrit avant qu’il ait le temps de faire le moindre dégât, le plus tôt possible, dès la positivité au virus connu, et en particulier chez les personnes à risque, dorénavant bien identifiés. 

Ainsi va la gestion de la politique de santé publique en France, mais comme l’écrivait Pasteur, « Jeunes gens! Ne vous laissez pas atteindre par le scepticisme dénigrant et stérile, ne vous laissez pas décourager par les tristesse de certaines heures qui passent sur une nation! »


Sources

First clinical use of penicillin Charles Fletcher, British Médical Jounal volume 289 22-29 décembre

Gautret et al. (2020) Hydroxychloroquine and azithromycin as a treatment of COVID‐19: results of an open‐label non‐randomized clinical trial. International Journal of Antimicrobial Agents – In Press 17 March 2020

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